4 morts dans des accidents
4 morts dans des accidents

Rien ne va plus dans le secteur des assurances en Algérie. Les perspectives sont peu prometteuses et un profond sinistre pourrait secouer bientôt ce créneau, par ailleurs, fragilisé par une crise qui frappe de plein fouet le pays.

Un cadre du secteur, sous couvert de l’anonymat, a indiqué à «observalgerie.com», que pas moins de 6 000 sinistres sont déclarés au quotidien au niveau des compagnies, celles-ci ne pouvant plus assurer les gros portefeuilles de provisionnement.

Il a révélé que les sinistres à payer ont connu une forte hausse pour atteindre de 4,7% durant la période allant de 2014 et 2015, soir 3 milliards de dinars (statistique du Conseil national des assurances). Pendant ce temps, le ministère des Finances avance une progression de 15%, équivalent à 9 milliards de dinars !

La branche automobile ou la boite de Pandore

Ainsi, les sinistres à payer a atteint 66 milliards de dinars en 2015, soit 50 % du CA de la seule branche «Dommages». Celle-ci étant en progression de 1% (117,8 milliards de dinars). Selon ce cadre, «le chiffre d’affaires de la branche «dommages» n’a augmenté que de 200 millions de dinars, mettant en danger les compagnies.

Il citera, à titre illustratif, les accidents de la route qui fait, chaque année 4 500 morts et plus de 55 000 blessés, dont 10 % handicapés à vie. «Ces sinistres menacent davantage les assureurs. On a réglé 66% des indemnisations en 2015 rien que dans la branche automobile. Le montant est passé de 54,7 milliards de dinars en 2014 à 57 milliards de dinars en 2015, 46% du CA global de la branche «dommages», a développé notre interlocuteur.

Aussi, et selon les chiffres du Conseil national des assurances (CNA), les sinistres à payer s’élevaient à 66 milliards de dinars en 2015, alors que la cadence de règlement est passée de 47,3% en 2014 à 46,3% en 2015. Une situation invivable pour les assureurs, d’autant que les sinistres réglés et non réglés avoisinaient 124 milliards de dinars en 2015, un peu proche du CA des assureurs qui est de l’ordre de 128 milliards de dinars (+2% VA 2014).

Quid des provisions ?

Notre interlocuteur a également révélé que «les compagnies font des provisions pour régler les sinistres impayés. Je vous cite, qu’en 2014, celles-ci étaient de l’ordre de 70,481 milliards de dinars, avant d’augmenter de 3% en 2015, soit 72,642 milliards de dinars. Le montant des provisions n’a de sens que s’il est comparé au nombre de sinistres à régler. Cela dépend forcément des approximations des compagnies pour les sinistres impayés. Du coup, on comprendra que la sous-provision permet de maquiller les bilans et de ne pas provisionner des sommes colossales pour régler les sinistres».

La situation deviendra explosive en 2016 et en 2017 avec la baisse des importations de voitures neuves, la dévaluation de la monnaie nationale et les taxes qui s’invitent brusquement au débat. «Ces trois facteurs vont contraindre les assureurs à rembourser de plus en plus. Le portefeuille-client est en forte hausse en ce qui concerne les remboursements. C’est suffoquant !  En face, vous avez une hausse de la pièce de rechange automobile et des frais de réparation, surtout la tôlerie et la peinture».

4,5 millions de dossiers de remboursement en souffrance

A cet état de fait, s’ajoutent les offres et les promotions des assureurs qui, au final, n’assument guère les remboursements. Résultat : 4,5 millions de dossiers de remboursement sont en souffrance depuis 2010 et 2011 (chiffre arrêté au 31 mars 2016). Ainsi, et selon le CNA, 50% des dossiers ont été remboursés en 2015, le reste étant pris en charge lentement, et ce, «à cause de certaines compagnies incapables d’assumer le coût, faute de provisions suffisantes», note encore notre source. Et d’ajouter : «l’Union des assureurs et réassureurs (UAR) a pris deux initiatives courageuses pour assainir ces dossiers en souffrance. L’une, opérationnelle, consiste à fixer un maximum de 90 jours pour régler un sinistre». De la poudre aux yeux, finalement. La progression du CA des compagnies est trompeuse, sachant que «des assureurs, inconscient du danger qui les guette, bradent les offres et les formules pour glaner de l’argent, sans plus. Cette stratégie suicidaire a abouti à une situation kafkaïenne et les assureurs récoltent de moins en moins de primes pour couvrir les dépenses provoquées par les remboursements».

Régulateur, juge et parti !

«Le Conseil national des assurances et le ministère des Finances, mais aussi le Trésor public doivent intervenir en urgence. Primo, ils doivent contrôler le provisionnement et ouvrir l’œil sur la concurrence déloyale qui gangrène le secteur», a indiqué ce cadre à «observalgerie.com». L’urgence signalée, ces compagnies sont loin de vivre les grands jours quand le marché automobile offrait une aubaine. Aujourd’hui qu’il est en danger, les assureurs butent sur un risque majeur : le manque, voire l’épuisement des liquidités, au vu du nombre des sinistres à payer et en stand-by. D’où la nécessité de l’intervention du Conseil national des assurances, du ministère des Finances et du Trésor public pour réguler un système disloqué. Juge et parti, certains acteurs de la régulation ne peuvent apporter des solutions concrètes, sachant, selon notre cadre, qu’«il est anormal que des cadres du ministère des Finances siègent dans les Conseils d’administration des compagnies d’assurances qui dépendent du secteur public.»

 

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