Mounia Meslem, ministre de la Solidarité
Mounia Meslem, ministre de la Solidarité

La proposition faite récemment par la ministre de la Solidarité, Mounia Meslem, appelant les femmes travailleuses à verser leurs salaires au Trésor public, justifiant cela par le fait que ce sont les époux qui devraient prendre en charge leurs épouses, a fait réagir le Rassemblement contre la hogra et pour les droits des Algériennes (RACHDA).

Nous publions la déclaration dans son intégralité.

«Madame la Ministre,

C’est avec stupéfaction, révolte et indignation que nous avons reçu vos dernières déclarations sur les femmes cadres et leurs revenus. Refusant de faire partie des meutes qui ne sortent leurs crocs que lorsqu’une femme s’exprime, nous avons d’abord décidé de traiter vos propos invraisemblables avec le mépris qu’ils méritent au vu des graves confusion et indigence de leur contenu ainsi que de l’esprit rétrograde qui les sous-tend, en contradiction totale avec la loi fondamentale du pays et l’intitulé de votre ministère.

Nous nous sommes dit : «Elle délire sur la place publique et ne se rend pas compte de ce qu’elle dit. Cela va lui passer.» Mal nous en a pris, puisqu’au lieu de faire amende honorable ou, tout au moins, de vous taire en disparaissant des ondes et des tubes cathodiques, vous avez récidivé, persisté et signé à travers une chaîne TV privée qui s’est illustrée, entre autres atteintes et délits, dans la diffusion d’une image dégradante des femmes algériennes, notamment de véritables militantes et responsables politiques, en organisant des expéditions meurtrières à coup de mensonges éhontés et de campagnes nauséabondes de désinformations contre elles.

Nous est alors revenue l’image terriblement honteuse de la ministre de la Solidarité nationale que vous êtes, debout, applaudissant à tout rompre son chef politique, un certain Amar Saâdani, dans une réunion publique. Ce dernier venait d’insulter, entre autres, des moudjahidine et des moudjahidate à qui nous devons mais, surtout, vous devez tout puisque vous êtes membre du FLN.

Votre persistance nous a consternées et effarées car elle nous a montré que vous ne semblez ni comprendre ni entendre, au sens de l’entendement, en quoi vos propos sont scandaleux et graves pour les femmes et la République. Vous dites que vous vous adressez aux «femmes cadres mariées» qui, selon vous, «sont prises en charge par leurs époux» (sic !) et vous leur demandez de reverser leur salaire à l’Etat souffrant, sous-entendant et impliquant tout à la fois que les revenus propres de ces «épouses de» (donc, secondairement cadres) ne servent à rien.

Outre que vous excluez de votre appel prétendument généreux les «épouses de personne», c’est-à-dire les femmes cadres célibataires, veuves, divorcées – bref, ces citoyennes qui apprécieront –, vos propos relèvent non seulement d’un aveuglement et d’une ignorance graves de la réalité des femmes qui prouvent chaque jour que leur salaire est le contraire exact de l’appoint dans les ménages mais, surtout, d’une vision dangereusement réactionnaire des femmes cadres mariées. Ces dernières sont appréhendées par vous comme des «bobonnes» prises en charge par leurs époux tuteurs et dont on se demande pourquoi elles travaillent, pourquoi elles occupent des postes de souveraineté et pourquoi elles ont fait des études.

Votre vision des femmes cadres mariées les exclut du champ de la citoyenneté républicaine pour les enfermer dans celui du harem des bobonnes sous tutelle. Votre vision aussi indigne que dangereuse est en contradiction totale avec la Constitution algérienne dans son esprit et sa lettre et nous rappelle celle d’un leader de l’ex-parti dissous lorsqu’il voulait renvoyer les femmes travailleuses à la maison en contrepartie d’un «revenu de la femme au foyer indexé sur son niveau de compétence» (resic !).

Non Madame la Ministre ! Quand on est cadre, on est cadre ! C’est-à-dire qu’on est une citoyenne ou un citoyen appartenant à une catégorie socioprofessionnelle particulière, et la taille, la couleur des cheveux, le genre du cadre ou son statut matrimonial ne font rien à l’affaire !

Après tout, pourquoi votre appel exclut-il l’autre moitié du «ciel d’Allah», c’est-à-dire les hommes cadres ? Car un appel adressé à tous les cadres algériens aurait peut-être atténué vos circonstances même si la solution aux malheurs et crises multiples que nous vivons toutes et tous réside ailleurs. Nous savons bien que notre pays vit des moments difficiles, que la majorité de notre peuple, hommes et femmes, subit les affres de l’austérité et les conséquences dramatiques des politiques économiques sociales désastreuses décidées et mises en œuvre par le gouvernement. Oui, nous avons besoin de la solidarité des travailleuses et des travailleurs organisée et garantie par un Etat au service de l’intérêt général. Mais la solidarité n’est pas la charité.

Car la charité bigote est à la solidarité républicaine ce que la «bobonne du harem» est à la citoyenne de la République : elles diffèrent totalement par essence, nature et forme. Libre à vous de les confondre, mais épargnez-nous vos délires et taisez-vous !»

Association Rachda

Rassemblement contre la hogra et pour les droits des Algériennes

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