Dans une déclaration rendue publique, aujourd’hui, lundi, Said Sadi, ancien président du RCD, auteur et militant politique a réagi au décès du journaliste Mohamed Tamalt en prison. Nous publions dans son intégralité la réaction du Dr Sadi.

La mort d’un journaliste en prison est toujours un mauvais présage

Le journaliste Mohamed Tamalt vient de décéder à l’hôpital suite à une longue grève de la faim. Il purgeait une peine de deux ans de prison pour, notamment, offense au chef de l’Etat, délit aussi ubuesque que suranné en 2016. Il semble que des traces de violences aient été vues sur son corps ; ce qui amène des ONG à légitimement demander qu’une commission d’enquête indépendante soit immédiatement diligentée.

Tout décès d’une personne, surtout quand il survient dans la fleur de l’âge, est d’abord un drame humain qui affecte sa famille et ses proches auxquels, en la circonstance, je présente mes sincères condoléances. Mais la mort d’un journaliste est toujours un mauvais présage pour la collectivité nationale en général. Surtout quand la vie ne s’est pas éteinte sur un terrain de guerre où peut conduire ce métier exigeant et périlleux.

Dans la situation d’effondrement éthique et civique qui caractérise le pays, avec la domestication de l’appareil judiciaire transformé en interprète des oukases et amplificateur des peurs qui animent et rongent les institutions, cette disparition, si elle ne doit en aucune façon et sous quelque prétexte que ce soit être acceptée comme une fatalité, n’est malheureusement pas une surprise.

Les libertés d’opinion, d’expression et d’organisation, entrées par effraction et au prix que l’on sait dans la vie publique algérienne, apparaissent désormais comme des données urticantes dans un univers de susceptibilité politique maladive. Ceux qui se sont battus pour les arracher comme ceux qui se mobilisent pour les faire vivre doivent savoir que la mort de Mohamed Tamalt n’est pas un accident : c’est le symptôme d’une gangrène qui n’a pas fini de dégrader moralement et de mutiler physiquement la communauté algérienne.

J’ai souvent reçu Mohamed Tamalt quand j’exerçais mes responsabilités en tant que dirigeant du RCD. C’était un journaliste atypique qui défendait ses convictions avec vigueur. Il m’a été donné l’occasion d’en appréhender le contenu et les objectifs qu’il ne cherchait d’ailleurs pas à dissimuler. En dépit de sa proximité avec des tendances politiques peu enclines au compromis, il savait faire l’effort de distinguer ses propres opinions des informations qu’il délivrait en tant qu’observateur. Ce professionnalisme est suffisamment rare dans ce segment politique pour être signalé et être mis à son crédit, même à titre posthume.

Dans la conjoncture actuelle, et sous réserve des résultats de l’enquête appelée à faire la lumière sur cette tragédie, on peut considérer a priori d’un journaliste emprisonné aujourd’hui en Algérie qu’il peut être crédité d’un préjugé l’indexant au minimum comme un professionnel refusant d’accompagner la meute. Pour cela déjà, et indépendamment de ses convictions personnelles, notre mémoire collective doit intégrer Mohamed Talmalt dans la trop longue liste des journalistes martyrs.
Paix à son âme.

Said SADI

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