Le 9 juillet, l’Algérie dépassait la barre des 800 contaminations quotidiennes au coronavirus, pour la première fois depuis novembre 2020. Si la fulgurance du variant Delta explique l'accélération de la détérioration de la situation sanitaire en Algérie, le manquement de l'Etat dans sa gestion de la pandémie est aussi pointé du doigt.

Si le gouvernement assure que la situation épidémiologique est « sous contrôle », l'Algérie, pays le plus peuplé du Maghreb, s'approche de son record de 1133 cas quotidiens. Le 9 juillet, le pays dépassait la barre des 800 contaminations quotidiennes, pour la première fois depuis novembre 2020, en raison notamment de la multiplication des variants Delta et Alpha.

« Au niveau de l'hôpital de Blida (au sud-ouest d’Alger), qui possède le seul service de réanimation de la région, nous n'arrivons pas à trouver de places. Il faut malheureusement attendre des décès pour récupérer des lits pour des malades. C'est malheureux d'en arriver là » témoigne le 12 juillet à l’AFP, Mohamed Yousfi,  chef de service d'infectiologie à Boufarik, dans la wilaya de Blida qui dénonce « l'immobilisme de l'État face au non-respect des mesures de précaution ».

Algérie : La courbe quotidienne des contaminations en hausse depuis le 9 juillet

« Dès le début, nous avions prévenu qu'il faudrait rester vigilants. Malheureusement, dès que le citoyen constate une amélioration, il oublie les gestes barrières. Et celui qui doit veiller à leur application et sauver des vies humaines, à savoir l'État, ne bouge pas face aux transgressions. In fine, c'est le personnel soignant qui paie. Nous sommes sur les rotules. Le pire est à venir si la situation persiste », poursuit le médecin.

Selon le décompte officiel quotidien annoncé le 12 juillet, 878 nouveaux cas confirmés de Coronavirus et 15 décès ont été enregistrés ces dernières 24 heures en Algérie, a indiqué le ministère de la Santé, dans un communiqué. Un chiffre en hausse par rapport à celui de la veille où il a été enregistré 786 nouveaux cas et 12 décès.

146 942 contaminés et 3 851 décès recensés officiellement en Algérie

Selon le Centre africain de Contrôle et de Prévention des Maladies (Africa CDC), le nombre total de cas officiellement déclarés de Covid-19 en Algérie s’élève à 146 942, dont 40 561 de « cas actifs ». Celui des décès s’élève à 3 851 cas. Le 10 juillet, c’est le Premier ministre algérien lui-même, Aymen Benabderrahmane, qui avait été testé positif au Covid-19 et qui s’était placé en isolement pour sept jours.

Le même jour, le président Abdelmadjid Tebboune, qui avait aussi contracté le Covid-19 fin 2020 et qui avait été hospitalisé pendant plusieurs mois en Allemagne, a présidé une réunion du Comité scientifique de suivi de l'évolution de la pandémie, au cours de laquelle il a été décidé une « réactivation ferme » des mesures préventives et l'accélération de la cadence de vaccination.

Le 11 juillet, le gouvernement a décidé de proroger de 21 jours le confinement partiel à domicile de minuit jusqu'au lendemain à 4 h du matin dans 14 wilayas du pays à compter du lundi 12 juillet, et de renforcer le contrôle concernant le respect des protocoles sanitaires liés à la pandémie du Coronavirus.

« Réactivation ferme » des mesures préventives depuis le 12 juillet

Un confinement accompagné par la réactivation des mesures de prévention notamment l’interdiction des rassemblements, des cérémonies de mariages et de circoncision ainsi que l’obligation du port de la bavette dans les établissements publics et les transports. Ces mesures concernent l’ensemble des wilayas du pays, selon le communiqué du premier ministère.

Or selon les spécialistes, la seule issue pour freiner la propagation du virus est d’intensifier la campagne de vaccination. Une campagne qui peine à décoller du moment que depuis son lancement officiel en janvier dernier, l’Algérie a atteint à peine 10 % de la population vaccinée.

L’Algérie faisait pourtant partie des pays africains ayant lancé sa campagne de vaccination relativement tôt, le 29 janvier 2021. Le pays a reçu 100 000 doses du vaccin russe Spoutnik V et de l’AstraZeneca. La Chine avait par la suite fait un don de 200 000 doses de son vaccin Sinopharm. Au total, le pays avait réceptionné 1,8 million de doses de divers vaccins.

À peine 10 % de la population vaccinée en Algérie

Aujourd’hui, près de 10 % de sa population a pu se voir administrer une première dose, selon les chiffres avancés la semaine dernière par le directeur général de l’Institut Pasteur d’Alger, Fawzi Derrar. Selon le ministre de la Santé, 4 millions de nouveaux vaccins sont attendus en Algérie avant la fin du mois de juillet.

« J'insiste sur la vaccination, car c'est l'occasion unique de se protéger contre les formes graves et les décès. D'ailleurs, il y a moins de décès parmi les soignants grâce à la vaccination » martèle Mohamed Yousfi. « Tant que nous n'aurons pas 30 à 40 millions de doses, nous resterons loin de l'immunité collective, la seule à même de nous permettre de contrôler l’épidémie », ajoute-t-il

Un objectif loin d’être atteint, d’autant plus que les pouvoirs publics peinent à donner un coup d’accélérateur à la campagne de vaccination, notamment dans les régions reculées du pays. Face à la lenteur de la campagne de vaccination se greffe aussi la méfiance des citoyens pour se faire vacciner.

Le forcing des pouvoirs publics algériens pour rattraper le retard dans la vaccination

À ce propos, le ministre de la Santé Pr Abderrahmane Benbouzid a invité le 12 juillet les citoyens à se faire vacciner en vue d'éviter la contagion par le Coronavirus et protéger leur entourage. Le ministre a annoncé « l'ouverture de toutes les salles de soins et les établissements de santé de proximité, en sus des espaces publics, des brigades mobiles dans certaines régions reculées, des mosquées et des administrations publiques et privées à l'effet de vacciner un plus grand nombre de citoyens en vue d'un retour à la normale ».

D’autre part, la lenteur de la campagne de vaccination conjuguée à la hausse quotidienne du nombre de nouveaux cas en Algérie risque d’avoir des répercussions sur le plan international. C’est le cas notamment pour les voyages depuis ou vers l’Algérie.

Réouverture partielle des frontières algériennes

Officiellement les autorités algériennes ont procédé à la réouverture partielle des frontières aériennes le 1er juin dernier. Depuis cette date, des dizaines de vols quotidiens sont programmés par de nombreuses compagnies aériennes. Les Algériens de France, d’Italie, d’Espagne, de la Turquie, d’Allemagne et de la Tunisie sont autorisés, depuis le 1er juin, à se rendre au pays, tout en se conformant à certaines mesures. Il s’agit notamment d’un confinement de cinq jours dans un hôtel à leur arrivée. Les frais de ce confinement sont à la charge du voyageur.

Le pass sanitaire obligatoire pour voyager en France ?

Toutefois, avec la résurgence du nombre de cas de contaminés depuis quelques jours, certains spécialistes redoutent de voir certains pays serrer la vis envers les voyageurs algériens désirant se rendre dans certains pays notamment en Europe. Déjà, en France, le président Emmanuel Macron a annoncé le 12 juillet l’obligation du pass sanitaire à partir du 21 juillet en France.

Ce pass sanitaire devenu obligatoire dans les lieux de loisirs, les restaurants, les transports et les salles de sport va certainement être élargi pour les voyageurs étrangers en partance vers la France. Si jusque là un test PCR de 36 heures suffit pour les voyageurs étrangers, dont les Algériens, pour se rendre en France, la donne pourrait changer avec l’instauration du pass sanitaire.

 

Quels types de vaccins autorisés par les pays de l’Union européenne ?

En effet, de nombreux Algériens, candidats à un voyage en France, redoutent le recours des autorités françaises au pass sanitaire au lieu des tests PCR et antigéniques, en vigueur jusque là pour les voyageurs étrangers. Dans ce cas, les voyageurs algériens seront obligés de se faire vacciner afin de pouvoir obtenir le pass sanitaire, seul sésame, qui leur permettra à l’avenir de voyager en France.

Le pass sanitaire est également requis pour franchir les frontières de l'Union européenne en voiture ou en train, scanné par la douane ou la police. Les États membres sont obligés d'accepter les vaccins autorisés par l'Agence européenne des médicaments (Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca, Johnson&Johnson). Les vaccins russe Spoutnik ou chinois Sinopharm, très utilisés en Algérie, ne sont en revanche pas valables. Un dilemme en somme pour les Algériens vaccinés et désirant voyager en Europe.