Montage Photo: Bouteflika-Ighil ahriz
Montage Photo: Bouteflika-Ighil ahriz

La sénatrice Louisa Ighil Ahriz démissionne du Sénat. Elle s’oppose à un cinquième mandat  du président AbdelAziz Bouteflika et ne cache pas sa déception face à un système périlleux et sa colère quant à la situation dans laquelle se trouve le pouvoir législatif. Dans un entretien exclusif, elle nous en dit davantage.  

Observ’Algérie : Dans votre lettre de démission vous écrivez : « Un climat anxiogène règne dans l’enceinte de la structure, qui m’étouffe et me désoriente à toute nouvelle initiative ». Qu’est ce qui ne va plus au Sénat ?

Louisa Ighil Ahriz : «C’est un tout, mais ce qui m’exaspère le plus, c’est le fait d’entendre  le nom de Bouteflika partout et continuellement.  Dans chaque discours, chaque message, chaque événement, il y a des pancartes  et des cadres partout. Tout est sous le haut  patronage de son excellence. On frôle l’overdose. Je me disais donc qu’à force de répéter les mensonges, ils deviennent réalité et je n’étais plus d’accord avec cette réalité. D’où ma démission. Je sais pertinemment que le président est fatigué, il est malade et sa maladie ne lui permettra jamais de mener un autre mandat. Physiquement il n’en est pas capable. D’ailleurs, parlons d’abord de ce mandant, il  finit très mal, la situation actuelle est alarmante ».

Observ’Algérie : Avez-vous demandé à voir Monsieur le Président de la République ?

Louisa Ighil Ahriz : « Non, je n’ai pas demandé à le voir. et je sais que de toute manière je ne pourrais pas m’entretenir avec lui. Pour le moment, je me contente de l’entrevoir. Comme tout citoyen Algérien.  Je l’aperçois quelques secondes, sur un écran télévisé, lors d’un conseil des ministres, ou  autre… Cela m’inquiète, parce que c’est un  groupe de personnes qui parle en son nom et agit à sa place. Il est pris en otage, je suppose qu’il n’est pas conscient. Je ne suis pas médecin, je suis psychologue de formation. Je n’ai pas accès à son dossier médical et je ne me suis pas rapproché de lui non plus, mais je me dis que dans son cas, il vaut mieux qu’il ne soit pas conscient ».

Obs :Parlons maintenant de l’Assemblée Populaire Nationale, où  l’on ne veut plus de Said Bouhadja  comme président de cette structure. Quelle est votre analyse de cette crise parlementaire ?

Louisa Ighil Ahriz : «D’abord laissez- moi exprimer  mon  soutien le plus absolu à Monsieur Bouhadja. C’est un Moudjahid, un homme respectable qui a été élu légitimement par la majorité, et installé par ces mêmes personnes. Je ne vois pas comment du jour au lendemain, on ne veille plus de lui. Cela serait un  -coup d’Etat- . Il me semble que S.Bouhadja, est victime d’un clan.  Un clan qui aurait  peur pour ses privilèges et intérêts.
Soyez-en sûr, ce qui se trame : c’est anticonstitutionnel. La vacance de son poste est illégale, l’article 10 est clair et net.  Le conseil constitutionnel devrait trancher bientôt… »

Observ’Algérie : Que se passerait-il si  le conseil constitutionnel, ne tranche pas à la faveur de Bouhaja ?

Louisa Ighil Ahriz : «Cela serait très grave. Sur quel article le conseil constitutionnel va se baser ?  Vous voyez pourquoi j’ai parlé de coup d’Etat ? Si le conseil constitutionnel ne tranche pas en faveur de Bouhadja, cela vaudra dire qu’il y a quelque chose qui se prépare, qui se manigance…  »

Observ’Algérie : Vous pensez que c’est en relation avec les présidentielles ?

Louisa Ighil Ahriz : «Tout est rattaché à cela au final.  Rappelez- vous,  lors de l’installation de Bouhadja à la tête de l’Assemblée, ce dernier a prononcé un discours, ou il appelait déjà Abdelaziz Bouteflika à se présenter à un ultime mandat… Il est fort probable, qu’Il aurait  par la suite changé d’avis.  Il me semble que Said Bouhadja ne souhaiterait  plus soutenir un cinquième mandant ».

«Parce qu’il aurait rencontré un certain Mouloud Hamrouche à Paris. Et que les deux hommes auraient établi une stratégie…  c’est des racontars qui tiennent la route. On pourrait l’écarter pour cette raison.  Cela dit, personne ne peut le limoger, ni même le Président de la République. On va alors essayer de le discréditer, comme le font si bien les députés. La décision du conseil constitutionnel nous éclairera plus ».

Observ’Algérie : Cela dit, il est fort probable qu’Abdelaziz Bouteflika ne se présente pas à un 5e mandant. La rumeur dit que c’est Ahmed Ouyahia qui lui succédera.

Louisa Ighil Ahriz : «Cela m’étonnerait ce n’est pas parce que rien n’a encore été annoncé, que c’est annulé. Abdelaziz Bouteflika aime bien surprendre et se décider à la dernière minute.  Comme il l’a fait lors de son quatrième mandat. Pour A.Ouyahia, je mettrai un grand point d’interrogation, il a tellement d’ennemis ! Mais si j’ai à choisir, je choisirai quand même Ouyahia ».