Nordine Ait Hamouda

Dans une lettre ouverte « à nos gouvernants », Nordine Ait Hamouda, fils du colonel Amirouche, ancien député et actuel président de la Fondation colonel Amirouche interpelle les hautes autorités du pays sur la place de tamazight et la problématique de sa promotion. Nous reproduisons dans son intégralité la lettre ouverte.

Lettre à ceux qui nous gouvernent

Après bien des sacrifices de ses militants, des dénégations de ses adversaires, sinon une hostilité toujours présente qui remonte du tréfonds de l’aliénation identitaire, la langue amazighe est finalement reconnue sur sa terre natale, sa terre de toujours. Elle est désormais officielle. Ce n’est pas rien ! Et il faut prendre cette avancée à sa juste mesure symbolique et politique.

Ceux qui ont combattu le fait amazigh, au nom d’une construction politique archaïque ou d’un communautarisme régressif, sont toujours embusqués, prêts à dégainer. Les deux visions ont fait plonger le Moyen Orient dans l’instabilité et la violence extrême. Il faut sauver notre région en tournant le dos à cette expérience. Et, de ce point de vue, la citoyenneté en construction doit prendre le contre-pied de l’ethnicisme.

Cependant, des obstacles multiples demeurent pour l’application de cette reconnaissance étatique du fait amazigh.

Il incombe par conséquent à l’Etat et à celui qui l’incarne en premier lieu, de donner les moyens du développement à la langue amazighe qui appartient historiquement, culturellement et anthropologiquement à l’aire maghrébine, donc à l’Algérie et à l’ensemble de son peuple sans exception.

Quand on parle de nation, quoi de plus symbolique que la carte nationale d’identité !  Pourquoi alors l’administration n’a pas pensé ou pire n’a pas voulu introduire tamazight dans ce document capital, contrairement à ce qu’on pouvait espérer avec la constitutionnalisation graduelle depuis 1996 du fait amazigh.

Pourquoi Yennayer fête du nouvel an amazigh, patrimoine célébré populairement dans toute l’Algérie profonde et tout l’espace nord africain, n’a pas son statut de jour férié et de fête nationale officielle? 

Il existe comme un parfum de reniement des engagements énoncés tout en biaisant sur le lien entre nationalité et citoyenneté. Problème crucial qui a traversé et modelé l’espace algérien durant la période coloniale pour créer une fiction juridique basée sur la négation de la nation et la privation de la citoyenneté.

L’absence de tamazight sur la CNI et la négation de yennayer sont deux  indicateurs visibles de ces atermoiements rédhibitoires, de cette négation de la citoyenneté et de cette absence d’égalité de traitement qui est au cœur de la philosophie du projet démocratique.

Il appartient au chef de l’Etat, gardien de la constitution, garant de la continuité de l’Etat et incarnation de l’unité nationale de remédier à cette anomalie et, plus encore, d’édicter les décrets d’application pour l’entrée effective de tamazight dans l’officialisation effective. Il y va de la crédibilité des engagements de l’Etat et du futur de la nation.

Il revient aux militants de la démocratie et du progrès le droit et le devoir de continuer le combat pour la réalisation pratique de cette revendication qui réconciliera les Algériens avec leur histoire, leur identité et leur personnalité.

Tamazight est une profession de foi pour juger de l’engagement démocratique des uns et des autres. Elle est inaliénable. Ur tettnuz, ur trehen.

Le chemin est encore escarpé mais rien ne résistera à la raison et à la vérité. Aussi nous exigeons une carte nationale d’identité conforme à la réalité sociologique et fidèle au contenu constitutionnel, et que Yennayer patrimoine ancestral de tout l’espace nord africain, soit décrété jour férié célébrant le nouvel an Amazigh.

Yennayer ameggaz à tout le peuple algérien et à tous les amazighs.

                                                                  Tassaft le 05 janvier 2016

                                               Nordine Ait Hamouda

                                            Président Fondation Colonel Amirouche.

3 Commentaires

  1. Pourque Tamazighth puisse retrouver ses valeurs, il faut qu’elle soit officielle dans toute Thamazgha, et non pas qu’en Algérie. Pour qu’une main qui a perdue tous ces doigts puisse retrouver sa force, il faudra lui redonner tous ces doigts, et si on oubliait un de ces doigts, cette main serait handicapée. Ces doigts qui font la main sont comme ces langues issues de Tamazighth (Kabyle, Chawi, Mozabtite, Chleuh etc…).
    Alors arrêtons de danser pour les aveugles.

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