Les événements de Ghardaia "est une manipulation"

Me Salah Dabouz, président de la LADDH et avocat des détenus de Ghardaïa revient dans cet entretien sur la grève de la faim du Dr Kameleddine Fekhar. Il explique comment « une manipulation à un niveau très élevé » a provoqué les événements sanglants de la vallée du M’zab.

Kameledine Fekhar a entamé une énième grève de la faim, dans quelles conditions il se trouve actuellement ?

Me Salah Dabouz : J’ai rencontré Dr Fekhar Kameleddine, samedi écoulé à la prison de Ménéa. Il était à son 5e jour de grève de la faim. Il est révolté contre le comportement de la Justice avec lui et le groupe des détenus comme lui. Ce sont des détenus arrêtés par des mesures (exceptionnelles) sans qu’ils soient informés d’une décision prise par les autorités du pays. Nous savons très bien que de telles mesures doivent être proposées par l’Exécutif au Parlement ensuite ça doit être publié au JO et la population doit être informée et qu’il soit fait référence dans toutes les procédures, surtout au niveau des services de sécurité, or tous les détenus n’ont jamais pris connaissance de quelques mesures exceptionnelles qui soit, ce qui constitue une très grave dérive car l’autorité politique a livré toute une région à des service de sécurité d’une façon illégale, et ce sont les forces de sécurité qui gèrent tous les aspects qu’ils soit social, religieux, économique, politique etc…, sans qu’il soient qualifiés pour, avec un wali qui dirige ces services de sécurité et même la justice, en même temps et cela donne des arrestations de gens qui se réunissent dans n’importe quelle propriété privée pour n’importe quelle cause, comme faire la prière par exemple ou même discuter de problèmes sociaux ou même politiques. Pour les accuser de réunion clandestine et en déduire que c’est pour porter atteinte à la sureté de l’Etat. Ajoutant à cela le non traitement des plaintes que Dr Fekhar a déposé contre les services de sécurité pour torture, contre le procureur générale pour émission de note d’arrestation illégale, et contre le directeur de sureté de la wilaya pour encadrement et participation de bandes d’individus qui ont attaqué le cimetière ou son père est enterré, et le refus de convoquer les responsables qui détiennent des informations concrètes sur les responsables de la tragédie qu’a connue le Mzab, tous cela a fait que Dr Fekhar décide de contester sa détention, car arriver par des procédures illégales, avec une instruction à sens unique, qui a fait, par exemple, agir un juge d’instruction de Berriane qui a ordonné le transfert des documents d’une affaire contre Dr Fekhar sans qu’il le rencontre au moins une fois, et une chambre d’accusation qui refuse de donner un délai à la défense pour préparer ces remarques, et renvoi l’accusé devant le tribunal criminel sur la base des mêmes faits que l’affaire en instruction à la première chambre d’instruction près le tribunal de Ghardaïa. Dr Fekhar m’a dit qu’une telle injustice dépasse toutes les limites, et je pense qu’il a raison. Il pense qu’il avait été jugé et condamné par un journal pro-DRS avant n’importe quelle procédure ou décision même politique.

Dr Fekhar exige sa libération et celle de tous les détenus. Il exige aussi le jugement de certains responsables. Pourquoi ?

Dr Fekhar m’a dit que les faits qu’ils lui sont reprochés se limitent à ces déclarations en tant que militant des droits humain et journaliste libre et indépendant qui a dénoncé des crimes à partir de Ghardaïa, et que ces déclarations n’ont absolument aucun lien avec les charges retenues contre lui. En plus de tout cela, ça concorde exactement avec les déclarations d’Ouyahia qui avait déclaré qu’il sait que des personne ont perçus 50.000 DA par jour pour alimenter les violences à Ghardaïa, et aussi les déclarations de Saïdani qui a accusé clairement et directement le général Toufik d’être derrière les violences de Ghardaïa. Chose que ce dernier n’a même pas démenti, ce qui concorde exactement avec les accusations du Dr Fekhar qui a dénoncé la complicité des services de sécurité, et ce qui devait conduire directement à sa libération et tous les détenus du même genre, et les poursuite contre ceux contre qui les accusations sont clairement portées.

Les événements de Ghardaïa n’ont pas livré tous leurs secrets, pourrons nous s’attendre à des révélations fracassantes ?

Je pense que les évènements de Ghardaïa ont plusieurs facettes, mais la remarque la plus évidente c’est la manipulation, à un niveau très élevé, de toute une population pour des raisons qui restent mystérieuses, mais je suis certains que dans un avenir très proche beaucoup de vérité serons connues.

Qu’en est il, au fait, de votre plainte contre le wali ?

Le wali de Ghardaïa a dépassé toutes les limites par ces interventions que ce soit des décisions en dehors de ces compétences, ou par ces déclarations contre des citoyens poursuivis devant la justice en les condamnant à l’avance, ou même en influant sur les décisions de la justice comme dans mon cas. Car c’est le wali qui a décidé de ma mise sous contrôle judiciaire, comme il l’a déclaré lui-même le 31 juillet 2016, car il trouvait mes déclaration concernant les conditions de détentions, en m’accusant d’être l’instigateur des violence de Ghardaïa, en déformant mes déclarations, et en me menaçant d’emprisonnement si je n’arrête pas mes déclarations.  Je suis soumis donc à un contrôle judiciaire à 600 km de chez moi, depuis le 13 juillet 2016, obligé de faire 1200 Km en allé retour chaque semaine pour une simple signature. Il est évident qu’une telle agression sur ma personne, gratuite, doit être traitée par la justice, j’ai donc déposé plainte devant le procureur de la République près la cour suprême avec une demande que mon dossier ne soit pas traité par la juridiction de Ghardaïa pour suspicion légitime qui concerne l’influence du wali sur l’appareil de justice à Ghardaïa avec l’accord de son hiérarchie, sachant que ces déclarations n’ont fait objet ni de démenti ni de sanction.

Kahina Ouhocine

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