La Cour d’appel de Bejaïa, en Kabylie, a condamné, mercredi 10 mars, le chrétien orthodoxe Abdelghani Mammeri à six mois de prison ferme, assortie de 100 000 DA d’amende. Il est poursuivi pour les chefs d’inculpation d’« offense au prophète » et de « moquerie sur les préceptes religieux ».

Selon le journal francophone Liberté, qui a rapporté l’information, le procureur de la République a réclamé, dans son réquisitoire, deux ans de prison ferme et 200 000 DA d’amende à l’encontre du prévenu.

Abdelghani Mammeri, résidant à Merdj-Ouamane, dans la commune d’Amizour, a comparu devant le juge sans être assisté par un avocat. Selon le Comité de défense des libertés (CDL) de Bejaïa, lors de son premier procès, tenu le 8 décembre au tribunal correctionnel d’Amizour, le chrétien de 24 ans aurait été invité par son avocate à abjurer sa religion chrétienne et à embrasser la religion musulmane en vue de lui faire obtenir l’acquittement.

« En réalité, Mammeri Abdelghani est victime d’une véritable inquisition religieuse. Il est poursuivi pour sa foi religieuse, puisqu’il était harcelé policièrement pour le pousser à abandonner son activisme religieux », s’est indigné le CDL. Pour rappel, plusieurs instances internationales et autres organisations non gouvernementales ont vivement critiqué le gouvernement algérien pour la « persécution » de la communauté chrétienne.

En décembre 2020, la fermeture des églises en Kabylie a fait réagir l’Organisation des Nations unies (ONU). L'ONU avait adressé un courrier aux autorités algériennes afin d’obtenir des explications sur la fermeture de ces lieux de culte. La fermeture par les autorités algériennes de 9 églises protestantes en septembre et en octobre 2019, à Bejaïa et Tizi Ouzou, est jugée par l’ONU comme une atteinte à la liberté de culte.

Trois rapporteurs spéciaux de cette organisation chargés des questions des droits de l’Homme avaient adressé, le 2 décembre 2020, une lettre conjointe au gouvernement algérien, afin de s’enquérir de la situation et demander des explications.