Le professionnalisme a été introduit dans le football algérien entre fin 2010 et début 2011. Dix ans plus tard, les clubs de football donnent l'impression qu'ils ont été jetés dans un monde qu'ils ne connaissent pas, qu'ils ne contrôlent pas. Un monde dont la gestion échappe aux dirigeants des clubs, et même aux instances footballistiques nationales.

En réalité, le professionnalisme n'a pas encore atteint le stade du concret. Pour différentes raisons. Et ce n'est pas toujours de la responsabilité des clubs ou de leurs dirigeants. Les pouvoirs publics ont une part de responsabilité dans le retard pris par le processus de professionnalisation du football national. Et la volonté de tout contrôler n'est pas étrangère à cette situation.

En fait, cette idée de lancer le football professionnel a été l'initiative de l'ancien président de la Fédération algérienne de football (FAF), Mohamed Raouraoua. Il était question de donner aux clubs algériens une certaine liberté d'action et de réduire les dépenses de l'Etat dans le football national. D'ailleurs, il y avait deux dispositions plutôt intéressantes qui obligeaient les clubs à consacrer les subventions de l'Etat à deux aspects seulement, en l'occurrence la formation et le développement des autres disciplines sportives.

Un fleuve d'indécision et de gabegie

Sur papier, c'était bon, mais entre la théorie et la pratique, il y a un large fleuve d'indécision et de gabegie. L'indécision vient avant tout des pouvoirs publics qui hésitaient et hésitent encore à libérer l'initiative. La volonté de tout contrôler a finalement pris le dessus sur tout. Surtout que le football, l'opium du peuple, est une attraction populaire de premier ordre. Donc, susceptible de servir des plans hors sport.

D'ailleurs, cet intérêt pour le sport roi national était visible à l’œil nu à l'occasion de la participation de l'équipe d'Algérie au Mondial 2014 au Brésil et la qualification historique aux huitièmes de finale. Cela aiguise les appétits et a permis aux responsables de l'époque d'instrumentaliser l'exploit des Fennecs à des fins politiques. En fait, l'équipe nationale, une belle vitrine, a surtout permis à tout le monde de comprendre que le football national était dans une situation désastreuse et que le professionnalisme tardait à devenir une réalité.

Les entreprises de l'Etat au secours de quelques clubs

Le désastre que le football national a connu a amené les pouvoirs publics à intervenir encore une fois. Pas de manière directe, mais en sous-traitant avec les grandes entreprises publiques. Et c'est comme cela qu'ils ont choisi le MC Alger, le CS Constantine, la JS Saoura pour bénéficier des finances de Sonatrach, du groupe Abar et de l'Enafor.

En fait, c'est un rachat carrément de ces clubs qui se retrouvent du jour au lendemain propriétés d'entreprises publiques, au détriment de tous les autres clubs d'Algérie. Le MC Oran devait avoir le même privilège, mais l'opération n'a pas abouti pour des raisons encore obscures. Plus tard, le CR Belouizdad sera racheté par le Holding Madar, spécialisé dans la production de tabac. C'était en 2019. Le dernier en date, c'est l'USM Alger qui sera « sauvée » par le groupe public Serport, après l'échec de son expérience avec le groupe ETRHB de l'oligarque Ali Haddad.

Donc, l'Etat a racheté à travers des entreprises économiques publiques cinq clubs sur les vingt qui composent la Ligue 1. Ce n'est donc pas un hasard s'ils font partie, en ce mois de mars 2021, des sept clubs qui ne sont pas privés, de recrutement par la Commission nationale de résolution des litiges (CNRL). Ce n'est pas le cas des 13 autres clubs de Ligue 1 qui pataugent dans les difficultés financières, particulièrement ceux qui ne bénéficient d'aucun sponsoring, à l'instar du NC Magra, de l'US Biskra ou l'AS Aïn M'lila.

Le professionnalisme part en vrille

En fait, tout cela pour dire que l'introduction du professionnalisme semble avoir échoué dans la mesure où les clubs attendent toujours des décisions de l'Etat pour trouver des solutions à leurs soucis. Même si la mauvaise gestion est un élément essentiel dans les crises interminables que les clubs vivent. Au point que même les subventions qu'ils reçoivent de l'Etat sont parfois (souvent ?) détournées vers le financement des contrats des joueurs et autres entraîneurs, alors qu'elles sont censées être consacrées à la formation et au développement d'autres disciplines sportives que le football.

Dans ce cas, l'on peut dire sans risque de se tromper que le professionnalisme en Algérie est parti en vrille. D'autant plus que les dirigeants des clubs passent leur temps à se plaindre de leur situation financière et surtout à quémander de l'argent des pouvoirs publics. Même les communes n'ont pas échappé à la « famine » des clubs de football. De l'argent qui va dans les poches de quelques joueurs alors qu'il aurait pu servir au développement local ou à l'action sociale.