L'immigration vers le Canada, particulièrement au Québec, est souvent perçue comme une voie vers un avenir meilleur, mais pour certaines familles, cette quête de stabilité se transforme en véritable épreuve. C’est le cas de la famille algérienne au Québec, dont le parcours a pris une tournure dramatique en raison des délais interminables et des obstacles administratifs liés à l’obtention de leur permis de travail.
Arrivés en 2023, Siham Tazi et son mari Nadir Hatraf, originaires d’Algérie, avaient fait le choix d’immigrer au Québec pour offrir une vie meilleure à leurs enfants, indique Radio Canada. Le couple, après avoir longuement réfléchi à leur avenir, avait vu dans le Canada une promesse de prospérité, mais aussi un endroit où leurs enfants pourraient s’épanouir dans une culture différente. Ce rêve a vite été assombri par les difficultés administratives liées à l’immigration.
En obtenant un permis de travail fermé en 2023, Nadir espérait pouvoir travailler pour un employeur spécifique à Saint-Hyacinthe. Cependant, le renouvellement de ce permis a révélé un autre visage de l’immigration au Canada : un parcours parsemé d’embûches bureaucratiques. Les compétences de Nadir, ancien opticien en Algérie, n’ont pas été reconnues par l’Ordre des opticiens du Québec, ce qui a bouleversé ses projets professionnels. Pour continuer à travailler dans son domaine, il aurait dû suivre une formation longue, incompatible avec son permis de travail fermé, qui ne permet pas de faire des études à temps plein. Le couple s’est donc retrouvé dans l’incapacité de poursuivre son plan initial.
"On ne pouvait pas refaire le même contrat avec le même employeur parce qu'il a passé son examen de l'Ordre des opticiens, et là, on lui demandait de refaire certains modules. Pour refaire certains modules, il faut s'inscrire à une école à temps plein, ce qui prend une durée de trois ans. Avec un permis de travail fermé, on ne peut pas faire d'études, donc il faut demander un permis d'études. Avec une famille à charge, on ne peut pas demander un permis d'études et laisser le travail de côté," confie la mère de famille.
L'attente interminable et ses conséquences
Mais les difficultés ne se sont pas arrêtées là. Après avoir trouvé un nouvel employeur à Chicoutimi, un laboratoire optique en pleine expansion, la famille a entrepris les démarches pour obtenir un nouveau permis de travail. Cependant, la procédure a pris des mois, laissant Nadir sans possibilité de travailler et la famille dans une situation financière de plus en plus précaire.
"On a fait la demande de son contrat de travail. On a engagé une firme pour le faire, puis on est comme un peu dans l'attente de savoir ce qui se passe, mais c'est excessivement long. On est rendus à neuf mois, puis on ne sait pas trop où on s'en va. Là, on paye, puis j'ai un peu l'impression qu'il est tombé dans la craque du système, vu que le gouvernement a renforcé les lois au niveau de l'immigration", temoigne le président de l’entreprise, Dominic Pagé.
Le manque de visibilité et la lenteur du traitement ont plongé la famille dans une angoisse constante. Après neuf mois d'attente sans réponse de l'administration, Nadir et son épouse se retrouvent sans emploi, contraints à vivre uniquement grâce à de l’aide sociale et à faire du bénévolat. Les enfants, eux, poursuivent leur scolarité, tandis que les parents se battent pour obtenir une réponse positive. Mais la situation est de plus en plus incertaine : les autorités canadiennes risquent de les obliger à quitter le pays, et ce, dans un délai très court.
