Le gouvernement français a finalement décidé d’assouplir son projet de décret sur les frais d’inscription des étudiants étrangers hors Union européenne. Une marche arrière partielle qui intervient après plusieurs semaines de critiques venues des universités, des syndicats étudiants et d’une partie du monde académique.
Le sujet est particulièrement sensible pour les étudiants algériens qui figurent parmi les plus importantes communautés étudiantes étrangères en France. Pour beaucoup, cette réforme risquait d’alourdir encore une facture déjà devenue difficile à supporter dans un contexte marqué par l’inflation, la crise du logement étudiant et le durcissement administratif.
Étudiants étrangers en France : ce que prévoit le nouveau décret
Le texte préparé par le ministère de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste vise à encadrer plus strictement les exonérations accordées par les universités françaises aux étudiants extra-européens. Depuis la mise en place du plan « Bienvenue en France » en 2019 sous le gouvernement d’Édouard Philippe, les frais universitaires appliqués aux étudiants non européens ont été multipliés par près de seize dans certaines formations.
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Avant cette réforme, les étudiants étrangers payaient les mêmes montants que les étudiants français. Les droits d’inscription s’élevaient alors à 170 euros par an en licence, 243 euros en master et 380 euros en doctorat. Avec les frais différenciés instaurés par l’État français, les montants sont progressivement passés à près de 2 895 euros en licence et environ 3 941 euros en master dans plusieurs universités publiques françaises.
Face à ces hausses, de nombreuses universités ont utilisé un mécanisme d’exonération prévu par la loi afin d’éviter une chute du nombre d’étudiants internationaux. Selon France Universités, certains établissements exonéraient entre 70 % et 100 % des étudiants concernés afin de préserver leur attractivité internationale.
Le nouveau décret voulait initialement limiter fortement ces exonérations en plafonnant leur volume à 10 % des inscrits. Une mesure jugée trop brutale par plusieurs présidents d’université. Sous pression, le gouvernement a finalement accepté un assouplissement progressif du dispositif. Le plafond des exonérations pourrait atteindre 20 % d’ici 2028, selon les informations relayées par la presse française.
Plus de 430 000 étudiants étrangers en France
La question des frais universitaires dépasse largement le cadre budgétaire. Selon les chiffres officiels du ministère français de l’Enseignement supérieur, la France accueillait plus de 430 000 étudiants étrangers en 2025, soit une hausse de près de 17 % en cinq ans. La France demeure aujourd’hui le septième pays d’accueil mondial pour les étudiants internationaux et le premier pays non anglophone dans ce domaine.
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Les étudiants originaires du Maghreb occupent une place centrale dans cette immigration universitaire. D’après Campus France, l’Algérie compte plus de 32 000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur français, tandis que le Maroc dépasse les 43 000 étudiants. La Tunisie approche, elle, les 15 000 étudiants.
Les Algériens représentent ainsi l’une des principales communautés étudiantes étrangères présentes en France, derrière les Marocains et devant plusieurs nationalités asiatiques ou européennes. Dans certaines universités parisiennes, lyonnaises ou marseillaises, les étudiants maghrébins constituent une part importante des effectifs dans les filières liées à l’informatique, à l’ingénierie, à la médecine ou encore aux sciences économiques.
Une pression financière devenue très lourde
Au-delà des frais d’inscription, le coût réel des études en France a fortement augmenté ces dernières années. Selon les estimations de l’Union étudiante et de la FAGE, le budget annuel moyen d’un étudiant étranger dépasse désormais 12 000 à 15 000 euros par an en région parisienne. Dans plusieurs grandes villes universitaires françaises, ce coût varie entre 9 000 et 12 000 euros.
Le logement reste le principal poste de dépense. À Paris, un studio étudiant dépasse fréquemment les 850 euros mensuels dans le secteur privé. Même dans certaines résidences universitaires, les loyers oscillent désormais entre 500 et 700 euros. À Lyon, Bordeaux ou Toulouse, les observatoires immobiliers signalent une progression des loyers étudiants comprise entre 8 % et 15 % sur les trois dernières années.
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Pour de nombreux étudiants algériens, la situation devient difficilement soutenable. Sur les réseaux sociaux, plusieurs témoignages évoquent des étudiants contraints de cumuler cours universitaires, livraisons à vélo et emplois précaires dans la restauration afin de financer leurs études. D’autres décrivent un recours croissant à l’aide familiale envoyée depuis l’Algérie, malgré la faiblesse persistante du dinar face à l’euro.
