Hauts gradés de l'Armée algérienne
Hauts gradés de l'Armée algérienne

L’affaire du placement en détention de cinq généraux-majors de l’armée nationale populaire, survenue il y a quelques jours, continue toujours de faire du bruit et de susciter des questionnements sur le timing de cette opération « mains propres » qui intervient à quelques mois d’une élection présidentielle sensible, synonyme d’un rendez-vous clé pour l’avenir de l’Algérie et du système politique en place.

Les cinq généraux emprisonnés avaient, rappelons-le, été limogés au cours de l’été de cette année qui a été marqué par de vastes changements au sein des différents corps de sécurité, des changements qui ont emporté plusieurs hauts responsables jusque-là perçus comme des « intouchables » et dont le plus important est certainement le général-major Abdelghani Hamel, Directeur général de la sûreté nationale (DGSN) depuis l’assassinat de son prédécesseur Ali Tounsi en 2010 et proche du clan présidentiel, qui avait été remplacé par Mustapha Lahbiri le 26 juin dernier.

Le boucher, la cocaïne et la corruption :

L’affaire de la saisie de 701 kilogrammes de cocaïne au port d’Oran le 29 mai dernier, et les révélations sur les relations suspectes entre des responsables à différents niveaux et le principal mis en cause dans cette affaire de narcotrafic, le dénommé K.Ch alias « Le boucher », sont perçus comme le point de départ des opérations « mains propres » contre les hauts responsables, mais ne seraient en réalité que la goutte qui a fait déborder le vase, et « accéléré des enquêtes déjà en cours sur des accointances entre des politiques, des responsables de services de sécurité et des sphères mafieuses » indique une source citée par le journal français Le Point dans une enquête publiée ce samedi. « El Bouchi était pisté à cause de ses transferts en milliards vers un pays européen. On avait, des mois avant l’affaire de la cocaïne, gardé un œil sur lui – et sur ses complicités à l’aéroport d’Alger et ailleurs – et on avait compris qu’il ne transférait pas que son argent » rapporte le même média français.

Présidentielles 2019 et cinquième mandat :

Selon des sources mentionnées par le média français précédemment cité, les opérations « mains propres » menées depuis des mois contre plusieurs responsables hauts placés seraient ainsi en lien directe avec l’élection présidentielle de 2019 et le fait qu’Abdelaziz Bouteflika, chef de l’État depuis 1999 ne voudrait plus briguer un nouveau mandat à la tête du pays. « Maintenant que le cercle présidentiel sent que le règne du grand frère touche à sa fin, il refuse de laisser à la postérité l’image des mandats de la gabegie financière et de la corruption généralisée » indique Le Point citant un ancien ministre algérien. Le même média croit également savoir que les domiciles de plusieurs anciens responsables, dont celui de l’ex-ministre de l’énergie Abdeslam Bouchouareb ont fait l’objet de perquisitions au début de ce mois d’octobre. « Ils (le clan de la présidence, ndlr) ne vaincront pas l’hydre, mais auront au moins l’image d’un président qui aura essayé. » conclut une source citée par le média français.