La rencontre de Said Bouteflika, frère du président de la République et conseiller particulier de ce dernier, Ali Haddad, président du Forum des chefs d’entreprises (FCE) et patron du groupe ETRHB, et du patron de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), Abdelmadjid Sidi Said, au cimetière d’El-Alia est loin d’être un signal du sérail, encore moins de la volonté du gouvernement, d’enterrer la hache de guerre.

Ce jour-là, des centaines de personnalités étaient là pour rendre un dernier hommage à un homme pas comme les autres : Rédha Malek.

Un homme qui a défié la France et témoin de l’histoire de l’Algérie contemporaine et homme d’Etat qui avait défié le terrorisme durant les années 1990 pour acculer les islamistes intégristes.

Le moment étant mal choisi, les trois hommes se sont affichés devant les caméras de télévisions et la toute la présence qui ne comprenait rien à ce qui venait d’arriver devant le Carré des Martyrs.

Au premier niveau de lecture, Said Bouteflika, en homme courtois, voulait renvoyer l’ascenseur  à Haddad, lui qui s’est affiché aux côtés des comités de soutien pour que Bouteflika brigue le quatrième mandat.

Profitant de cette présence «bien calculée», selon les observateurs, Haddad a décroché l’accolade de Said Bouteflika et voulait s’étaler pour que le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, «sache» qu’il est protégé.

Or, rien de tout cela ne pouvait arriver si Sidi Said n’a pas rejoint le groupe après que le frère de Haddad l’invite à la séance de photographie pour lancer un message à Tebboune.

Entre les deux moments, Haddad s’est imposé au premier rang y compris pendant l’enterrement de Rédha Malek et Said Bouteflika scrutait les présents pour jauger les regards des uns, les curieux, et des autres, ceux qui cherchaient à décrypter le message.

Surtout les autres à qui Said Bouteflika n’a aucun compte à rendre. Bien au contraire.

Au second niveau de lecture, Said Bouteflika voudrait jouer le médiateur entre les deux hommes et Tebboune, plus que jamais décidé à séparer l’argent de la politique.

Said Bouteflika ne s’est à aucun moment ingéré dans la gestion du dossier relatif aux mises en demeure envoyées à Haddad et d’autres entreprises nationales et étrangères.

Notamment à Haddad qui, pressé de part et d’autres, a fini par répondre à 9 mises dans plusieurs quotidiens.

Autrement dit, Haddad et Sidi Said n’ont pas réussi pour autant à isoler Tebboune lors de cet évènement historique. Bien au contraire, Tebboune s’est rangé en homme d’Etat aux côtés de ses ministres et des parlementaires et a évité de commettre l’erreur de se joindre au trio d’El-Alia.

Le malaise est profond et Haddad le savait. Il venait de quitter la table dans le cadre de la préparation de la tripartite. Tebboune l’avait placé en quatrième position pour parer aux frictions de mauvais goût.

A El-Alia, Tebboune est resté de marbre. Pour lui, l’heure est au recueillement. Ni plus, ni moins. D’ailleurs, juste après les funérailles, il quitte les lieux sous un cordon sécuritaire renforcé.

Le scénario devient kafkaïen pour Haddad qui préfère se ranger du côté de Said Bouteflika qui, au demeurant, a témoigné son amitié et son affection, mais pas le soutien.

C’est là qu’intervient le troisième niveau de lecture ! Que signifie alors cette rencontre et quel message voudrait délivrer Haddad à l’opinion publique et à la présence ?

D’aucun n’aura remarqué que le patron des patrons est manifestement mis en difficulté après une série de mises en demeure et auxquelles il avait répondu en exigeant plus de 12 milliards de dinars pour relancer les travaux.

Haddad sait pertinemment que le délai de 60 jours accordé par les maîtres d’ouvrage ne suffira pas pour honorer ses engagements.

En se plaçant sur cette offensive, il se complique la tâche et veut, vraisemblablement, arracher plus de délai et de rallonges financières, et ce, à l’instar de ses sous-traitants étrangers.

Haddad sait que Said Bouteflika n’interviendra pas au mois de septembre prochain et jouait la carte de signataire du Pacte économique et social pour la croissance aux côté de l’UGTA.

En conclusion, Tebboune aura gagné plus de crédibilité en s’attachant à la seule feuille de route du chef de l’Etat et son frère ne fait qu’ajuster, sur le terrain, les équilibres pour assurer une rentrée social calme, à la hauteur des attentes de la tripartite attendue pour le 23 septembre prochain à Ghardaïa.

D’ici-là, beaucoup d’eau va couler sous les ponts…

TARIK LAMARA