Le syndicaliste, spécialiste et consultant en questions sociales Noureddine Bouderba a affirmé que les salaires en Algérie sont les plus bas du bassin méditerranéen. Il a indiqué que la moitié des salariés algériens percevaient un salaire mensuel inférieur à 1,6 fois le SNMG et que celui-ci ne dépassait pas 40 000 dinars, dans une interview paru ce jeudi 6 février dans le quotidien El Watan.

Noureddine Bouderba explique en effet que « les travailleurs paient les conséquences de la politique d’ajustement structurel des années 1990, de privatisation des années 2000 et la politique d’austérité des années 2015-2020 ». Il ajoute que « la situation salariale des travailleurs est aggravée par la dévaluation du dinar. Aujourd’hui, le SNMG journalier qui n’a pas été revalorisé depuis 9 ans, un record mondial, ne permet pas d’acheter 500 g de viande ».

En fait, le syndicaliste fait référence à une enquête réalisée par l'Office national des statistiques (ONS). Cette enquête a conclu que « la moitié des salariés algériens percevaient un salaire mensuel inférieur à 1,6 fois le SNMG et que celui-ci ne dépassait pas 40 000 DA pour plus de 80% d’entre eux, soit moins que le revenu minimal de subsistance d’une famille de 4 personnes ». .

Noureddine Bouderba affirme en outre que les chiffres avancés par l’Office national des statistiques ont été confirmés par d’autres enquêtes menées depuis par d’autres organisations. Il ajoute qu’une autre catégorie souffre d’une pauvreté extrême. Il s’agit des retraités qui « sont 60% à percevoir une pension mensuelle inférieure à 20 000 DA et 30% d’entre eux moins de 15 000 DA ». Le syndicaliste constate que « même avec les subventions alimentaires et énergétiques, que certains voudraient supprimer, les prix sont élevés ».

Les Algériens ont un niveau de vie très bas

Quant au niveau de vie des Algériens, il est très bas, selon Noureddine Bouderba qui s’appuie aussi sur les statistiques réalisées dans le domaine. Il rappelle d'ailleurs que « la dernière enquête de consommation réalisée par l’ONS auprès des ménages a mis en évidence que 80% des Algériens les moins aisés consacrent en moyenne 50% de leurs dépenses à l’alimentation ». Il explique que « ce coefficient alimentaire s’élève à 57% si on exclut les loyers imputés, qui ne sont pas des dépenses réelles mais une simple écriture. Plus ce coefficient alimentaire est élevé plus le pouvoir d’achat est faible, et c’est un indicateur de quasi-pauvreté ».

Disparité salariale entre les travailleurs et les cadres

Le syndicaliste affirme que le fossé est très grand entre les travailleurs et les cadres dans les entreprises algériennes. Il indique que « le salaire d’un cadre dirigeant d’une entreprise économique représente jusqu’à 25 fois le salaire d’un smicard, celui d’un cadre supérieur de la nation jusqu’à 35 fois ».

Noureddine Bouderba regrette cette politique mise en place depuis 15 ans. Il souligne que « l’Etat n’a pas joué pleinement son rôle de régulateur social dans ce domaine en ajustant les salaires et les niveaux des pensions et autres allocations par le biais du SNMG ».

Le syndicaliste conclut enfin que pour réduire les disparités, « la solution passe par une augmentation conséquente du SNMG, tout en veillant à réduire le fossé entre les hauts et les bas salaires et à mettre fin aux discriminations entre les différents secteurs ». Il ajoute que « cette augmentation n’est qu’une mesure nécessaire mais non suffisante pour améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs et des démunis, qui dépendent d’une politique fiscale réellement redistributive et des transferts sociaux qu’il y a lieu de consolider ».

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