Le groupe pétrolier italien ENI a accepté de payer 24.5 millions de dollars à la justice américaine contre la cessation des poursuites judiciaires engagées contre sa filiale Saipem. Le géant italien a été reconnu coupable d’avoir versé 198 millions d’euros de pots-de-vin aux dirigeants algériens. Chakib Khelil, l’ex-ministre de l’Energie, et Farid Bedjaoui, présenté comme son secrétaire particulier, ont été également épinglés, selon le journal francophone El Watan, dans son édition de ce lundi 20 avril.

En effet, la Securities & Exchange Commission, autorité financière fédérale américaine qui dépend du département de la Justice, a décidé, vendredi, d’annuler les poursuites, pour corruption en Algérie, contre le groupe italien Eni et sa filiale Saipem, en contrepartie du paiement de 24.5 millions de dollars. L’organisme fédéral révèle que l’entreprise italienne a « violé les livres et registres et les dispositions relatives aux contrôles comptables internes de la Loi sur les pratiques de corruption à l’étranger en relation avec un régime de paiement inapproprié » en Algérie.

L’autorité financière fédérale américaine a précisé que la défense du groupe pétrolier italien a «anticipé sur la procédure de poursuites». Ceci en présentant «une offre» de règlement «sans admettre ou nier» les accusations retenues contre lui. Dans l’exposé des motifs des poursuites, la Securities & Exchange Commission révèle l’implication directe de Chakib Khelil.

Le rapport américain accable Chakib Khelil

Le rapport de l'organisme américain cité par El Watan, indique qu'«au début de 2006, la direction de Saipem a pris contact avec l’intermédiaire, bien introduit dans le milieu politique algérien, pour avoir des marchés en Algérie. Dans les réunions avec la direction de Saipem, le ministre de l’Energie algérien de l’époque (Chakib Khelil, ndlr), a présenté l’intermédiaire (Farid Bedjaoui, ndlr) comme son secrétaire personnel, et comme quelqu’un qu’il considérait comme un ‘fils’. Suite à ces conversations, Saipem et certaines de ses filiales ont signé au moins quatre contrats avec l’intermédiaire et l’ont payé, conformément aux factures, pour des services qu’il n’a jamais rendus ».

La commission fédérale précise que « Saipem a payé environ 198 millions d’euros à l’intermédiaire, lequel a versé une partie de cet argent à des entités fictives et à des fonctionnaires algériens ou à leurs représentants, en incluant le ministre de l’Energie à cette époque ». Elle a affirmé que « Saipem a obtenu sept contrats en deux ans (2007-2009) auprès de Sonatrach ».

Il faut dire que malgré l’annulation des poursuites aux Etats-Unis et la clôture du dossier en Italie, avec l’acquittement dans un procès en appel de ces compagnies pétrolières, cette affaire risque de connaître de nouveaux rebondissements. Cette fois, c’est le Trésor public algérien qui se serait constitué partie civile en vue de l’ouverture d’une nouvelle enquête. L’affaire concerne le marché de réalisation du complexe du gaz naturel liquéfié d’Arzew à Oran «GNL 3», décroché par Saipem et dont les faits remontent à 2008.

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