Les sans-papiers algériens détenus dans les centres de rétention en France vivent dans des conditions lamentables. Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté en France (CGLPL), a dénoncé dans son rapport annuel, publié mercredi 3 juin, les conditions de vie dans ces centres de rétention administrative (CRA). Des conditions qui s’apparentent à celles du système carcéral, selon la responsable.

La contrôleure des prisons, Adeline Hazan, estime que les centres de rétention français où sont enfermés les sans-papiers étrangers, dont des Algériens en attente de leur expulsion, « prennent de plus en plus un aspect carcéral, en décalage complet avec leur fonction initiale ». Ainsi, conditions de vie indignes, menottages et isolements arbitraires sont le quotidien des sans-papiers derrière les murs des centres de rétention français.

Adeline Hazan accuse ces établissements d'adopter un mode de fonctionnement semblable à celui des prisons. Elle soutient que « l’organisation interne et la sécurisation périmétrique des centres donnent l’impression d’un milieu carcéral. Espaces cloisonnées, circulations internes compliquées, clôtures surmontées de barbelés ». Les directives contre l'immigration clandestine dans les centres de rétention sont alarmantes.

Les sans-papiers algériens soumis à des procédures clandestines

Les sans-papiers, parmi lesquels beaucoup d'Algériens, sont soumis à des procédures prévues par aucun texte de loi. En effet, Adeline Hazan affirme que « le menottage devient systématique pour tous les déplacements. La pratique des isolements disciplinaires, autorisée par aucun texte, n’est pas rare alors même que toute restriction de liberté au sein du lieu devrait être prévue par la loi ».

En outre, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté en France s’indigne de « l’absence de sensibilisation sur la question des droits fondamentaux et d’un décalage complet avec la fonction initiale de ces lieux. Loin de retenir les prisonniers de droit commun, les CRA abritent en effet les immigrés clandestins déboutés de l’asile en attente de leur expulsion ».

Des conditions de vie inhumaines

Adeline Hazan pose l’accent sur les conditions de vie inhumaines auxquelles sont astreints les sans-papiers étrangers, dont des Algériens, en France. Elle épingle « les conditions matérielles largement insuffisantes : Locaux trop exigus, chauffage défaillant, hygiène déplorable, alimentation de piètre qualité. Il en résulte des nuits sans sommeil, troublées par la peur ou les bruits. Les visiteurs attendent dans des conditions indignes et rencontrent leurs proches sans aucune intimité ».

Par ailleurs, la même responsable déplore le fait qu’ « en France la liberté soit devenue un objet de peur, et l’enfermement un moyen, à courte vue, de se rassurer ». Elle fait remarquer que « la durée maximale de rétention a doublé le 1er janvier 2019, passant de 45 à 90 jours. Un allongement qui s’est accompagné de tensions supplémentaires, avec des suicides et des tentatives de suicide devenues de plus en plus fréquentes ».