Tinzaouatine, une commune frontalière avec le Mali, située à plus de 2 000 km d’Alger et à plus de 500 km du chef-lieu de la wilaya de Tamanrasset, a connu, lundi 15 juin, de violents affrontements ayant opposé des groupes de jeunes aux gardes-frontières puis aux gendarmes et aux éléments de la CRS. Ces heurts ont fait un mort et trois blessés, selon des sources locales. Réagissant à ces affrontements, le ministère de la Défense nationale a affirmé que les gardes-frontières n’avaient aucune responsabilité dans les tirs d’armes à feu, qui ont coûté la vie à un citoyen.

Ces affrontements sont le signe du malaise socio-économique que vit la commune, classée la plus pauvre d'Algérie. Même si le ministère de la Défense accuse les contrebandiers de manipuler les citoyens de la région, les raisons des émeutes se trouvent dans la plate-forme de revendications citoyennes soumise aux autorités le 11 juin.

L'eau et le grillage qui isolent les populations de la commune à l'origine de la grogne

Les citoyens de la ville frontalière du Mali se sont révoltés contre le manque d'eau. Ils font savoir que dans cette commune, une citerne de 1 000 litres d'eau potable se négocie à 1 500 dinars. Les citoyens ajoutent que pour lutter contre le terrorisme, les autorités ont installé un grillage entre la ville et la frontière administrative.

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Cette clôture a isolé la ville d'un oued qui se remplit pendant les deux mois de juillet et août. Le grillage isole aussi la petite ville des puits ainsi que des petits pâturages où paissent les troupeaux des citoyens. Les habitants reprochent ainsi aux autorités de ne pas avoir construit la clôture du côté de la frontière administrative, pour ne pas avoir à couper les populations de l'oued, des puits de la zone de pâturages.

Fil des événements

Les citoyens de la commune ont envoyé au wali de Tamanrasset une plate-forme de revendications le 11 juin dernier. Cette plate-forme met en cause l'encerclement de la ville par une barrière en fil barbelé. Les activistes, organisés en associations, ont réclamé la construction d'un mur avec des portes pour faciliter le déplacement de la population. Ils ont aussi exigé l'ouverture de passages pour les agriculteurs et les éleveurs dans les zones non urbanisées. Ces associations appellent, en outre, à l'ouverture de canaux de communication entre la société civile et les autorités, dont les forces de sécurité, pour préserver la paix sociale de la région.

Il faut rappeler qu'au mois de mars dernier, sept députés des wilayas de Tamanrasset, Illizi et Adrar avaient envoyé un courrier de protestation au Premier ministre. Une missive à travers laquelle ils réclamaient une meilleure régulation des zones fermées avec du barbelé, un passage pour les agriculteurs et les éleveurs, de l'eau, une meilleure façon de faire des autorités sécuritaires et, enfin, du développement local.

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Les habitants et la contrebande

De nombreux citoyens ont réfuté les accusations des autorités selon lesquelles les protestataires sont manipulés par les contrebandiers. Ils assurent que leurs activités sont des échanges commerciaux avec l'autre côté de la frontière. Ils rappellent que ces échanges existent depuis la nuit des temps et qu'ils forment, avec les Touaregs du Mali, un même peuple. Les citoyens soulignent que ces échanges sont leur seule source de revenus dans une commune très pauvre sur un sol très riche.

Que s'est-il passé

Excédés par le silence des autorités, qui n'ont pas répondu à la plate-forme de revendications de la population, lundi, des dizaines de jeunes de la localité ont organisé un rassemblement de contestation. La tension a vite monté. Les manifestants ont décidé de saccager le grillage. Les GGF (gardes-frontières dépendant de la Gendarmerie) n'ont pas tardé à intervenir. Ils ont été rejoints, plus tard, par un GIR (Groupe antiémeute de la Gendarmerie). C'est là que la situation a empiré. Il y a eu des tirs qui se sont soldés par la mort d'un manifestant et des blessures pour trois autres. Selon les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, les gendarmes ont tiré à balles réelles. Chose que réfute le ministère de la Défense nationale qui donne une autre version des faits.

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