Le 25 juin 1998 reste gravé dans la mémoire collective des Algériens, plus particulièrement des Kabyles. C'est ce jour que fut assassiné le chantre de l'amazighité Matoub Lounes, sur les hauteurs de la wilaya de Tizi Ouzou, dans sa Kabylie natale. 22 ans plus tard, la première personne arrivée sur les lieux du crime, et qui avait d'ailleurs secouru les deux sœurs de la femme du poète, rompt le silence. 

Il s'agit d'un nouveau témoignage sur l'assassinat du Rebelle qui n'a pas livré tous ses secrets. "J'étais à l'époque transporteur de voyageurs. J'ai démarré de Tizi Ouzou vers 13h10. Et à mi-chemin, j'ai vu que mes collègues faisaient demi-tour. L'un d'eux m'a arrêté et m'a demandé de ne pas avancer, car il y avait, selon lui, un faux barrage", raconte au micro de Berbère Télévision ce témoin du nom de Kamel Hamdad.

« Je n'ai pas suivi le conseil de mon collègue et j'ai continué mon chemin. En arrivant à Tala Bounane, j'ai vu de loin la voiture de Matoub Lounes, garée sur la gauche, les portières ouvertes... J'ai vite réalisé qu'il s'est fait attaquer. En arrivant à hauteur du véhicule, j'ai entendu des cris de détresse. J'ai alors décidé de m'arrêter. Je descends de mon fourgon et je me dirige vers la voiture. Là, je découvre l'horreur. Une véritable scène de film d'horreur », se souvient-il.

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« L'arrière de son crâne était complètement vide »

Et de poursuivre : "Pendant ce temps-là, les passagers que je transportais avaient pris la fuite, hormis un jeune qui était prêt à m'aider. Je me suis garé à côté de la voiture de Lounes. Je suis entré par la portière derrière le chauffeur. De là, j'ai pu voir la tête de Lounès. L'arrière de son crâne complètement vide".

« Pour moi, Nadia était également morte »

Face au spectacle d'épouvante, Kamel Hamdad a su garder son sang-froid. Il a évacué les deux belles-sœurs de Matoub qui occupaient les sièges arrière du véhicule. Pour lui, Nadia, la femme du Rebelle, était également morte. « J'ai pris les deux filles qui étaient blessées. Pour moi, Nadia, assise devant, était morte. J'ai alors pris la direction de Tizi Ouzou. A mon démarrage, des gens commençaient à arriver sur les lieux », poursuit-il.

Le CHU de Tizi Ouzou, où le transporteur a évacué les deux blessées, a vite été envahi par une nombreuse foule. La suite, tout le monde la connaît : Tizi Ouzou s'est embrasée. 22 ans après cette fatidique journée et ce crapuleux crime, Tizi Ouzou et la Kabylie se souviennent toujours. La maison de Matoub, à Taourirt Moussa, dans la commune de Beni Douala, est devenue depuis lors un lieu de pèlerinage des amoureux des combats démocratiques.

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Pour reprendre sa sœur Malika, l'art et l'oeuvre du Rebelle dépassent les frontières. Pas moins de 27 places portent désormais le nom Matoub Lounes en France. C'est ce que la sœur du chantre a révélé à Berbère Télévision à l’occasion de la commémoration du 22e anniversaire de l'assassinat de son frère.

 

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