Un médecin contaminé par la Covid-19 a livré un témoignage poignant sur sa situation. Dans une lettre publique qui a fait le tour des réseaux sociaux depuis le 18 juillet, il confie avoir été abandonné par ses responsables et livré à lui-même dans une loge sombre, dans un service en travaux. Le médecin affirme qu'il n'est pas le seul à subir le mépris des autorités, contrairement au « discours destiné à leurrer l'opinion publique ».

Le médecin, qui exerce au CHU Mustapha Pacha, à Alger, témoigne : « Après 5 mois de travail astreignant et de dur labeur, avec beaucoup détermination et de dévouement à mon noble devoir de médecin dans cette lutte intransigeante contre cette pandémie de coronavirus, ce jeudi 16/07/2020 ma RT-PCR est revenue positive au SARS-COVID2 ».

Il ajoute que "dans un tel moment, on omet ses symptômes et sa fatigue morale et physique et on ne pense qu'à une seule priorité : protéger les siens, et dans mon cas, ma mère avec qui je partage la même chambre". Le médecin fait savoir que ses responsables lui ont tourné le dos. « Je m'adresse très rapidement aux responsable de la gestion de la crise au niveau du CHU pour demander un hébergement temporaire pour mon confinement, et c'est là que débute un show interminable. On m'informe d'abord qu'il est absent de son bureau, je demande alors son numéro pour le contacter. La secrétaire me répondit sèchement : « Je ne te donnerai pas son numéro. Il est en réunion. Il ne répond pas au téléphone...», écrit-il.

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Le médecin affirme que « c'est après des heures et des heures d'attente, aussi pénibles qu'incertaines, que ledit responsable arrive et me reçoit enfin dans son bureau où je lui expose mon problème ». Il souligne que le responsable en question l'a orienté vers un "dortoir" à proximité de l'hôpital.

Le médecin livré à lui-même

Il s’avère que le dortoir en question héberge un personnel non contaminé. Le médecin a été alors refoulé pour le motif évident qu'« il serait irresponsable voire criminel de mettre un individu COVID+ avec d'autres COVID- en leur demandant de partager les mêmes sanitaires », reconnaît le docteur, désorienté. Le parcours du « soldat blanc » continue. De retour pour voir le responsable, ce dernier répond à sa demande par une phrase expéditive : « Ce n'est pas grave, je garde ton numéro, on verra dimanche ».

Après avoir insisté, le médecin a été envoyé vers la directrice de garde. La quête du médecin fini par aboutir. Cependant, il a été orienté vers « une loge sombre dans un service en travaux : poussière, cafards, rats... En somme, toute la panoplie d'un habitat insalubre », témoigne-t-il.

« Le personnel soignant ne bénéficie d'aucune considération »

Le médecin conclut que « c'est malheureusement la triste réalité de dizaine de médecins et de paramédicaux qui se sont dévoués corps et âme, sans repos ni répit, face à cette pandémie et qui se retrouvent, une fois affaiblis et infectés par ce virus fourbe, marginalisés et livrés à eux-mêmes ».

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Il ajoute que « tout ce qu'on entend sur les médias n'est que mensonges et du spectacle, servis à flots pour leurrer l'opinion publique. Sur terrain, dans la vraie vie, et malgré ses sacrifices, le personnel soignant ne bénéficie d'aucune considération ».

Ce témoignage est loin d’être un cas isolé. En effet, depuis le début de la pandémie, plusieurs médecins ont décrié les conditions difficiles dans lesquelles ils exerçaient leur travail, avec un manque criant de moyens de protection, mais surtout de considération de la part de leur tutelle.

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