Le tribunal de Cheraga, à Alger, vient de programmer le procès de la prétendue fille cachée de Abdelaziz Bouteflika pour le 5 août. C’est une affaire à peine croyable, selon des sources proches dossier. Le personnage central n’est autre qu’une femme qui prétendait être la fille du président déchu. Et la tromperie aurait bien fonctionné, indique dans son édition de vendredi 31 juillet le quotidien francophone Le Soir d’Algérie

Selon la même source, cette folle affaire devrait lever le voile sur les intrigues et les pratiques de l’époque de Bouteflika. Les faits, qui ont ébahi les magistrats instructeurs, tournent autour de la dénommée « Madame Maya » qui se présentait comme la fille de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika.

Les hommes d'affaires se pressaient à son portillon pour obtenir son soutien. Des sommes astronomiques lui sont proposées pour des entrevues avec des ministres en vue de l'obtention de marchés. Les deux anciens ministres Mohamed Ghazi et Abdelghani Zaâlane ainsi que l'ex-responsable de la DGSN, Abdelghani Hamel, comparaîtront avec la prétendue fille cachée de Abdelaziz Bouteflika.

Une rencontre avec Abdelaziz Bouteflika

Cette femme a bénéficié d’une villa à la résidence d’Etat Moretti, gardée de nuit comme de jour par des éléments des services de sécurité. L’aventure de Mme Maya aurait commencé après une entrevue avec le président déchu. Abdelaziz Bouteflika la reçoit, l'écoute et la met en contact avec Mohamed Rouguab, son secrétaire personnel, et le charge de l'aider à accomplir son projet : l'ouverture d'une station d’essence.

C’est Mohamed Rouguab lui-même qui la présente comme étant un membre de la famille présidentielle. Peu à peu, un personnage hors du commun prend naissance : Mme Maya, fille cachée du Président. Elle fait ainsi son entrée dans le cercle très restreint des proches de Abdelaziz Bouteflika.

Elle engrange des sommes colossales et bénéficie de terrains et de toutes sortes d’avantages pour lancer ses propres affaires, grâce à sa notoriété. Les hommes d'affaires quémandent son soutien et sollicitent son intervention pour des entrevues avec des ministres, en vue de l'obtention de marchés.

La prétendue fille de Abdelaziz Bouteflika cache cet argent dans les murs d’une arrière-chambre de sa villa sous haute protection, à Morreti.

Quand Saïd Bouteflika découvre l'affaire

L’un des accusés dans cette affaire, à savoir l’ex-ministre des Travaux publics Abdelghani Zaâlane, aurait eu des doutes sur le personnage de Mme Maya. Il décide d'aborder le sujet avec Saïd Bouteflika qui lui apprend alors que cette femme n’est pas une proche de la famille. Le frère cadet et conseiller de Abdelaziz Bouteflika alerte les services de sécurité. Une enquête s'ouvre, mais n'aboutira qu'après la destitution de Abdelaziz Bouteflika.

L'enquête prouvera que la décision de mettre à la disponibilité de Mme Maya une protection policière découlait d’un ordre de l’ancien patron de la DGSN, Abdelghani Hamel. Ce dernier est soupçonné d'avoir chargé Mme Maya de cacher d'importantes sommes d'argent chez elle.

Graves accusations contre les mis en cause

Lors d’une perquisition de sa villa à Moretti, en juillet 2019, les éléments de la gendarmerie ont découvert 12 milliards de centimes, 270 000 euros, 30 000 dollars, 17 kilogrammes de bijoux en or et plusieurs documents de voyage. Dix milliards de centimes étaient emmurés dans une arrière-chambre de la villa.

Mme Maya et ses deux filles sont arrêtées et poursuivies pour « blanchiment d'argent dans le cadre d'une association criminelle organisée », « complicité dans l'abus de fonction », « violation de la réglementation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étranger », « demande et acceptation d’indus avantages en recourant à un agent public » et « complicité dans l’octroi d’indus avantages ».

Les deux anciens ministres Mohamed Ghazi et Abdelghani Zaâlane, l’ex-DGSN, Abdelghani Hamel, ainsi que onze personnes sont poursuivis dans cette affaire. Elle comprend divers chefs d’inculpation, dont « violation de la réglementation et du règlement relatifs au change et au mouvement des capitaux de et vers l’étranger », « abus de fonction », « obtention et octroi d’indus avantages » et « trafic d’influence ».

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