Le chercheur algérien établi en France Ali Bensaad a réagi, dimanche 16 août, à l’emprisonnement de Khaled Drareni dans une longue contribution sur son compte Facebook. Ali Bensaad révèle que l'actuel ministre de la Communication, Ammar Belhimer, qui a tenté d'enfoncer Khaled Drareni en lui déniant le statut de journaliste, aurait bénéficié de voyages financés par l'ambassade de France au Maroc et aurait fourni des notes à des institutions dépendant du ministère français de la Défense.

Ainsi, le ministre, qui accuse le journaliste de rouler pour des officines étrangères, se retrouve accusé d'avoir bénéficié lui-même d'avantages d'ambassades étrangères. Ali Bensaad explique d'emblée que : « Par souci d’efficacité, j’ai raccourci ma publication initiale à la seule question de l’accusation contre Drareni d’atteinte à la sécurité nationale et au sous-entendu d’intelligence avec une puissance étrangère (en l’occurrence la France) avec comme seul argument ses rapports avec Reporters sans frontières et "SOS racisme" et son invitation par cette dernière avec un billet d’avion par le biais de l’ambassade de France ».

Le chercheur explique que « le poids des sociétés civiles dans les pays démocratiques pèse sur les choix des gouvernants de leurs pays. Elles ont voix au chapitre et bénéficient de subventions quand bien même elles peuvent être extrêmement critiques ». Il ajoute : « C’est à ce titre que, de la même façon qu’elles le font sur leur sol national, elles peuvent prétendre, en toute indépendance, à solliciter les ressources des ambassades de leurs pays dont une partie est dédiée à cela. C’est par cette voie que des universités occidentales, dont des françaises, ont pu inviter des centaines d’universitaires algériens et leur payer des billets d’avion que leurs universités ne pouvaient leur payer ».

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Ali Bensaad rappelle les voyages de Ammar Belhimer

Ali Bensaad rappelle que « Ammar Belhimer, longtemps avant d’être ministre, a bénéficié lui-même de cette voie en tant qu’universitaire, multiplement, et plus que tout autre ». Il indique que l'actuel ministre de la Communication « a bénéficié d’au moins quatre billets d’avion de l’ambassade de France au Maroc et probablement plus sans compter des billets de l’ambassade de France en Algérie. Je le sais parce que j’ai été chercheur en délégation CNRS au Centre Jacques Berque qui lui a permis de bénéficier de ces billets qui sont documentés ».

Le chercheur, qui a fait le parallèle avec le billet d'avion dont a bénéficié Khaled Drareni et dont la justice l'accuse , ajoute : « Je ne lui en fais pas grief. Mais pourquoi un billet d’avion fait de Khaled Drareni un espion à la solde de la France et qu’une dizaine de billets délivrés par les ambassades françaises à M. Belhimer en font un patriote soucieux de l’intérêt national algérien ? Pourquoi ce qui est halal pour lui est haram pour Khaled Drareni ? »

Des liens avec des institutions françaises

Ali Bensaad affirme que le ministre de la Communication « a tissé des liens et collaboré avec des institutions militaires françaises et produit pour elles des notes longtemps avant même d’avoir pensé un jour être ministre ». Il précise que « les questions de guerre et de paix sont trop sérieuses pour les laisser aux seuls militaires et diplomates. En Europe, à la demande des sociétés, les institutions militaires se sont ouvertes aux débats avec les universitaires dont beaucoup croient, à juste titre, en la vertu du dialogue et de l’éclairage des militaires sur les enjeux des conflits ».

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Le chercheur explique que dans sa démarche, il n'est nullement question de faire des reproches à Ammar Belhimer. Il écrit : « Je ne ferai donc pas grief à M. Belhimer d’avoir produit des notes stratégiques sur l’Algérie pour des institutions liées au ministère de la Défense française. Je ne crois pas qu’il ait pu ainsi menacer les intérêts de l’Algérie. Pourquoi alors les relations de Khaled Drareni avec ‘’SOS racisme’’ et ‘’Reporters sans frontières’’ menaceraient-elles la sécurité nationale algérienne ? ».

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