Nous allons nous intéresser aujourd'hui au phénomène du racisme en Algérie. À travers quelques événements qui ont fait la Une de l'actualité, nous allons tenter de répondre à la question suivante : les Algériens sont-ils racistes ? Avant de rentrer dans le vif du sujet, il serait utile de définir ce qu'est le racisme et de le séparer d'autres fléaux, tels que la xénophobie.

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Qu'est-ce que le racisme ?

Selon la 9e édition du dictionnaire de l'Académie française, le racisme est "un ensemble de doctrines selon lesquelles les variétés de l’espèce humaine appelées races, principalement distinguées les unes des autres par leur apparence physique, seraient dotées de facultés intellectuelles et morales inégales, directement liées à leur patrimoine génétique". Selon cette définition, le racisme est donc le fait de croire que, par exemple, une personne à la couleur de peau foncée serait moins intelligente qu'une autre à la peau claire, du fait d'une différence génétique.

Les Algériens sont-ils racistes ?

L'Algérie étant un pays où la majorité de la population est musulmane, on serait tenté de répondre que les Algériens ne sont pas racistes du fait que l'islam ne définit pas explicitement les races et considère tous les êtres humains égaux. Pourtant, les actes et les discours racistes ne sont pas rares en Algérie. Ils ont même connu un certain "apogée" il y a quelques années, suite à la grande affluence des migrants issus des pays d'Afrique subsaharienne. Ainsi, à l'été 2017, une campagne raciste lancée sur les réseaux sociaux avait suscité une vaste polémique dans le pays. Baptisée "Non aux Africains en Algérie", cette campagne s'attaquait notamment aux migrants subsahariens présents dans l'essentiel des grandes villes algériennes.

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Les initiateurs de cette campagne accusaient ainsi les migrants de propager les maladies et... le crime. En juillet de la même année, le chef du cabinet de la présidence à l'époque, Ahmed Ouyahia, avait soulevé une vague d'indignation en déclarant que les migrants subsahariens "amènent le crime, la drogue et plusieurs autres fléaux."

Miss Algérie 2019 victime de commentaires racistes

Plus récemment, la lauréate du concours Miss Algérie 2019 avait été victime de commentaires racistes. La jeune femme de 26 ans, issue de la région d'Adrar, dans le sud du pays, avait notamment fait l'objet de commentaires désobligeants concernant sa couleur de peau sur les réseaux sociaux. En plus de ces événements, l'État algérien a été également accusé à maintes reprises de mener des campagnes de renvoi arbitraire des migrants subsahariens. Des accusations que le pays a démenties plus d'une fois.

Le racisme dans le langage courant

En plus des campagnes citées précédemment, le phénomène du racisme en Algérie se manifeste dans le langage courant d'une grande partie de la population. Ainsi, des termes comme "kahlouch" (appellation péjorative désignant une personne au teint foncé, ndlr) ou "chinois" sont fréquemment utilisés pour désigner des personnes à la couleur de peau foncée pour "kahlouch" ou présentant des similarités physiques avec les populations asiatiques, pour "chinois".

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Cependant, s'il existe bel et bien une certaine forme de racisme en Algérie, celle-ci est loin d'être présente chez l'ensemble de la population. À titre d'exemple, lorsque la campagne raciste "Non aux Africains en Algérie" avait été lancée, de nombreux citoyens, jeunes pour la plupart, ont organisé une contre-campagne sur les réseaux sociaux, en publiant notamment des photos d'eux en compagnie d'enfants de migrants subsahariens. La polémique suscitée par les déclarations d'Ahmed Ouyahia sur les migrants renseigne également sur le rejet du racisme par une partie non-négligeable de la population.

En conclusion, on pourrait dire que, comme dans tous les pays du monde, le racisme est un phénomène qui existe bel et bien en Algérie. Il n'est toutefois pas prudent, ni juste d'ailleurs, de dire que les Algériens sont racistes du fait que ce fléau est rejeté par une partie importante de la population.