En Algérie, le phénomène d'immigration clandestine ne touche plus uniquement les hommes. Aujourd’hui, de nombreuses femmes traversent la Méditerranée clandestinement pour arriver à l’autre rive. Elles espèrent, tout comme leurs hommes, trouver du travail et améliorer leurs conditions de vie.  

Dans des déclarations accordées au quotidien francophone Liberté, plusieurs Algériennes ont témoigné de leur périlleuse aventure. Certaines ont réussi à atteindre l’autre rive. Tandis que d’autres ont échoué, mais en gardant toujours l’espoir de tenter la traversée une seconde fois, même au péril de leur vie.

Imane, âgée de 24 ans, a déjà tenté l’immigration clandestine à deux reprises. Elle déplore la situation dans laquelle se trouve l’Algérie. « Il n’y a rien ici, c’est le néant », souligne-t-elle. C’est pour cette raison qu’elle a tenté sa chance une première fois en 2018 et une deuxième fois en 2019 mais elle s’est désistée à la dernière minute. Elle confie qu’à la seconde tentative, seize jeunes sont montés dans l’embarcation, seulement deux sont arrivés à destination, « le reste est porté disparu ».

Pour échapper à « l’enfer familial », Maher, âgée de 26 ans, a traversé la mer clandestinement avec deux membres de sa famille. Les trois "harraga" sont arrêtés par la police espagnole et placé dans un refuge social. Ensuite, ils ont pu rejoindre l’Allemagne. La jeune femme déclare qu'elle n’avait pas supporté le froid et a décidé de regagner l’Algérie en février 2019. « Dans tous les cas, je ne tenterai plus la harga. Une fois, les frontières rouvertes, je demanderai un visa pour la Turquie », confie-t-elle.

Certaines femmes ne reviennent jamais

Âgée de 27 ans, Amina, après son divorce, a déposé plusieurs demandes de visa pour le Portugal. Les services consulaires de ce pays d'Europe, lui répondait à chaque fois par le refus. C’est pourquoi elle avait décidé, en janvier 2018, de traverser la mer au prix de 45 millions de centimes. Durant toute la traversée, la jeune femme a confié qu’elle était restée silencieuse, « même quand le bateau était submergé par l’eau d’une mer agitée ».

Maïssa, 19 ans, raconte qu’au moment de prendre l’embarcation, elle avait envie de renoncer à son aventure et de revenir serrer sa maman dans ses bras. « La peur survient lorsqu’on ne voit plus la terre et qu’on n’entend que le bruit du moteur », confie-t-elle. Aujourd’hui, elle vit en France et elle survit grâce à du travail dans des fast-food.

Si certaines femmes ont réussi à arriver en Europe ou d’autres sont revenues en Algérie, ce n’est pas le cas de Kenzi, trois ans, qui n’a pas eu cette chance. Son corps a été retrouvé en août 2020 sur les côtes de Annaba. La maman et la petite fille s’apprêtaient à rejoindre le père de famille à Marseille, parti dans les mêmes conditions. « Quand la barque chavire, la mère perd l’équilibre et l’enfant tombe dans l’eau avant qu’un bateau battant pavillon algérien ne leur porte secours », explique un proche de la famille.

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