Quelques jours après la mort de la journaliste Tinhinan Laceb, les langues se délient. La journaliste avait subi un harcèlement constant et des violences conjugales avant le crime. Son époux (l'auteur du crime) la harcelait à tout moment, selon les témoignages recueillis, ce mardi 2 février, par le journal Liberté.

Ainsi, la vie de la journaliste n’était pas de tout repos. Son quotidien était fait de sacrifices. Selon l'une de ses collègues, l’époux de Tinhinan l' "appelait jusqu’à vingt fois par jour, lui exigeant de justifier ses moindres faits et gestes à la rédaction de la chaîne Tamazight TV4. Pour lui plaire, elle a fait de multiples sacrifices". La rédactrice en chef de TV4 témoigne que Tinhinan "ne se confiait pas vraiment. Elle disait juste qu’elle avait plein de problèmes. Nous savions que le problème était son mari, d’une jalousie maladive".

Elle ajoute que la défunte “sursautait à chaque fois que son téléphone sonnait car elle devait lui justifier ses moindres faits et gestes". Quant à une de ses collègues, elle confie que le mari "appelait souvent sur nos portables pour confirmer qu’elle est à la rédaction, en notre compagnie. Une fois, elle m’a contactée, à minuit, en pleurs. Elle avait mis le haut-parleur et m’avait suppliée de dire où elle était dans la journée. Quand elle l’a fait une deuxième fois, je l’ai sermonnée durement sachant qu’il écoutait".

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Tinhinan vivait un véritable calvaire au quotidien. Zahra Farhati la rédactrice en chef à TV4 affirme que “c’est toujours son mari qui répondait à nos coups de fil. Elle était totalement sous son emprise. Il l’a détruite de l’intérieur avant de la tuer”. Elle témoigne que la journaliste a subi une véritable métamorphose après son mariage. Elle a cessé de prendre soin d'elle et a été contrainte de mettre le voile.

Violence conjugale

Selon les collègues de la journaliste tuée, cette dernière subissait des violences conjugales. L'une de ses collègues relate : “Elle m’a dit une fois : tu as vu comment je suis devenue. La veille de sa mort, elle regrettait de s’être mariée.” La jeune femme de 39 ans, mère de deux fillettes, s’est soumise pendant des années à la domination de son conjoint. Elle a renoncé à l’animation d’une émission sur l’environnement.

Tinhinan a déménagé de Reghaïa à Bir Mourad Raïs pour se rapprocher davantage de son lieu de travail. “Elle paniquait à la perspective d’arriver tard chez elle. Elle nous perturbait souvent en nous priant de lui laisser un poste de montage, afin qu’elle puisse terminer son sujet et partir. Même si elle n’a jamais affirmé être battue, je savais qu’elle était maltraitée”.

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Concernant les circonstances de sa mort, la rédactrice en chef à TV 4 raconte que “pendant le confinement, elle est partie chez ses parents. Elle nous a dit qu’elle était en instance de divorce. Il semblerait que son mari l’a ramenée au foyer conjugal. Ce qu’il lui est arrivé nous a fendu le cœur. Elle a été tuée devant ses filles. Son aînée, âgée de 7 ans, a dit à l’enterrement : un jour, je vous raconterai ce qui s’est passé.”

Selon plusieurs sources, la jeune femme a été poignardée par son mari au moment où elle quittait l’appartement. “Elle est tombée sur le palier de l’immeuble et a rendu son dernier souffle dans l’ambulance qui la transportait à l’hôpital”.

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