Le gouvernement a donné le coup d’envoi de la campagne de vaccination contre le coronavirus le 30 janvier dernier. Cette opération devrait se dérouler sur toute l’année afin de vacciner le plus grand nombre possible de la population. Néanmoins, plusieurs points d’interrogation restent sans réponse, puisque le flou entoure toujours cette campagne.

En effet, depuis l’annonce du gouvernement de la réception des premières doses du vaccin russe, Spoutnik V, le flou entoure la campagne de vaccination. Cette dernière a été lancée le 30 janvier dernier, un jour avant la fin du délai fixé par le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, pour commencer à vacciner la population. Les Algériennes et les Algériens se posent plusieurs questions quant à cette importante opération. En revanche, le gouvernement ne communique pas assez d’informations pour satisfaire les interrogations de sa population.

Une question taraude l’esprit des Algériens : Est-ce que le nombre de vaccins va être suffisant ? A ce propos, le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, assure que le vaccin sera disponible « en quantités suffisantes ». Il a déclaré le 31 janvier dernier, que le gouvernement est entré en contact avec plusieurs laboratoires internationaux pour acquérir des vaccins anti Covid-19 en grandes quantités pour tous les Algériens. Cependant, jusqu’à présent, les premières doses des vaccins réceptionnées sont destinées uniquement, selon le docteur Bekkat Berkani, aux habitants des wilayas les plus affectées par la pandémie du coronavirus.

La gestion de la crise est sévèrement critiquée

Depuis l’apparition des premiers cas de contamination par le coronavirus en Algérie, les praticiens de la santé ne cessent de critiquer la gestion de la crise sanitaire. Selon beaucoup d’entre eux, cette situation a dévoilé au grand jour l’obsolescence du système de santé. La gestion de l’opération de vaccination vient enfoncer le clou.

Le professeur Kamel Bouzid estime que la gestion de la crise sanitaire est « bureaucratique ». Elle n’a pas permis à l’Algérie, selon lui, de tirer les leçons des erreurs commises par d’autres pays, notamment la France et l’Italie. Quant à la campagne de vaccination, le praticien de la santé a révélé que son service, le CPMC, a reçu uniquement 25 doses du vaccin russe Spoutnik V.

Le professeur Bouzid déplore, à ce titre, la quantité insuffisante du vaccin anti Covid-19. « Un problème d’approvisionnement risque de se poser », a-t-il déclaré. Ainsi, le stock sera épuisé, selon lui, en une semaine, rien qu’en vaccinant les professionnels de la santé. Il a indiqué également que de nombreuses personnes, qui ne se sont pas encore faites vacciner, vont se demander « sur quels critères le choix [de vaccination] a été fait ».

A ce propos, le chef du service du CPMC a estimé que l’Algérie aurait dû faire ses commandes un peu plus tôt. « Il fallait copier le Maroc qui a pris ses dispositions, il y a neuf mois, en lançant ses commandes en juillet 2020 », a-t-il souligné. En Algérie, la commande a été faite en décembre et le gouvernement a annoncé que le début de la vaccination aurait lieu fin janvier. « Il y a une grosse pression sur les approvisionnements en vaccin et l’Algérie aurait dû s’y prendre déjà au mois de mars dernier », critique-t-il.

L’Algérie manque de visibilité et de communication sur l’opération de vaccination

Bien que le gouvernement annonce que le début de l’opération de vaccination a été une réussite à tous les niveaux, les spécialistes de la santé et qui sont sur le terrain ont un avis différent. Ils estiment qu’il existe un manque de visibilité et de communication de la part des autorités quant à cette opération importante.

Contacté par nos confrères de TSA, Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses de l’EPH Boufarik, dans la wilaya de Blida, a déclaré que le début de la campagne de vaccination a été « symbolique ». L’opération a été lancée, selon lui, « la fin du mois de janvier pour rester dans l’engagement du président de la République ».

Par ailleurs, il déplore le manque de visibilité de la part des autorités. Ce climat a été « tout à fait logique » et « attendu ». Il appelle ainsi les autorités à rassurer les professionnels de la santé qui, à leur tour, pourront convaincre et rassurer la population. « On attend des pouvoirs publics une meilleure communication et une meilleure visibilité », recommande-t-il.

Pourquoi l’Algérie n’a-t-elle pas choisi le vaccin Pfizer ?

Le Comité scientifique de suivi de la pandémie du coronavirus avait opté, en décembre dernier, pour les vaccins russe et chinois. Les premières doses de ces deux vaccins ont été réceptionnés fin janvier. Les membres qui composent le comité scientifique ont également choisi le vaccin AstraZeneca/Oxford. Pourquoi donc les autorités sanitaires du pays n’ont pas opté pour le vaccin américain de Pfizer ? C’est la question que se posent de nombreuses personnes.

La réponse est donc venue, dimanche 7 février, de la part du ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid. Il a expliqué, lors d’une journée d’études à l’Assemblée populaire nationale (APN), que le laboratoire américain de Pfizer avait exigé l’achat de 20 millions de doses de son vaccin contre la Covid-19. « Le gouvernement a décliné l’offre », a déclaré le ministre.

Les spécialistes du secteur pharmaceutique ont expliqué qu’un seul laboratoire ne pourra pas approvisionner tout le pays en doses suffisantes de vaccin. C’est pourquoi le gouvernement avait entamé des négociations avec plusieurs laboratoires pour atteindre l’objectif souligné par le Comité scientifique, à savoir vacciner 70% de la population. Une fois ce pourcentage atteint, expliquent les scientifiques, l’Algérie pourra développer une immunité collective contre la maladie.

Par ailleurs, le gouvernement a annoncé que l’Algérie produira, dans les mois à venir, localement le vaccin russe, Spoutnik V. Le ministre de la santé a déclaré que ce projet de fabrication local du vaccin « prendra des mois ». Cependant, plusieurs spécialistes estiment que ce projet est inenvisageable car l’Algérie, même si elle dispose de compétences humaines, ne dispose pas des moyens nécessaires pour le faire, notamment les laboratoires de type 4.

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