L'affaire Mehdi Ben Barka ne bénéficie pas de la levée du secret qui devrait concerner certains dossiers de l'époque coloniale française. Son fils, Bachir Ben Barka, déplore une injustice. Il réclame la vérité sur la disparition de son père et surtout l'endroit où se trouve son corps.

Bachir Ben Barka a révélé à France Bleu que lorsqu'il avait entendu les conclusions du rapport Stora, il avait tout de suite pensé au dossier de son père. Mais ce dossier ne semble pas être concerné par le déclassement des archives. Cinquante-six ans après la disparition de son père, Bachir Ben Barka attend toujours la vérité sur sa disparition pour pouvoir enfin faire son deuil. L’ancien maître de conférences à l'université de Belfort-Montbéliard se bat depuis des années pour obtenir la vérité sur la disparition de son père et connaître l'endroit où se trouve son corps.

« Les dernières mesures annoncées par l'Elysée concernent de manière assez précise des archives liées à la guerre d'Algérie. Mais si cette volonté est vraiment réelle, on s'interroge pourquoi elle ne pourrait pas s'appliquer à l'affaire Ben Barka? » se demande Bachir Ben Barka. « La disparition de mon père date de 1965, on est sur la même période historique que les faits concernés par la guerre d'Algérie, même si mon père est marocain. Mais c'est un crime d'État. C'est une disparition encore non élucidée. Et si cette volonté est vraiment réelle, nous, on souhaite qu'elle s'applique aussi au cas de mon père », indique-t-il.

Bachir Ben Barka explique que le président Macron « a fait des démarches très symboliques et très importantes, en ce qui concerne l'assassinat de Maurice Audin. En ce qui concerne l'assassinat d'Ali Boumendjel, pourquoi pas Mehdi Ben Barka? Posons la question, nous souhaitons qu'elle soit soulevée par le président et qu'elle retiennent l'attention ».

Un crime d’Etat

Figure intellectuelle et politique du mouvement anticolonialiste et opposant au roi Hassan II du Maroc, Mehdi Ben Barka est assassiné le 29 octobre 1965 près de Paris. Son corps n’a jamais été retrouvé. Ce jour-là, Mehdi Ben Barka avait rendez-vous devant la brasserie Lipp, 151 Boulevard Saint-Germain à Paris, avec le cinéaste Georges Franju qui envisage de réaliser un film sur la décolonisation intitulé « Basta ! »

Il s’agit, en réalité, d’un piège, monté par le journaliste Philippe Bernier et un producteur de cinéma ancien repris de justice, Georges Figon, lié aux milieux intellectuels parisiens mais aussi à une bande de truands recrutée par les services secrets marocains. Et voici que deux policiers de la brigade mondaine, Louis Souchon et Roger Voitot, exhibant leur carte de police, invitent Ben Barka à monter à bord d’une voiture où se trouve également Antoine Lopez, un agent du SDECE, les services du contre-espionnage français de l’époque.

Il est conduit à Fontenay le Vicomte, dans la villa de Georges Boucheseiche, truand du gang des tractions avant. Dès lors, on perd sa trace. Nul ne le reverra depuis.