Un an après la fermeture des frontières algériennes, les retraités algériens établis en France sont usés par l’isolement. Ces ressortissants, qui vivent habituellement entre les deux rives de la Méditerranée, restent coincés dans l’Hexagone sans solution de retour.   

Depuis le début de la crise sanitaire, les vols entre l’Algérie et la France sont devenus presque impossibles, y compris pour les ressortissants algériens. Cette situation accentue la précarité et l’isolement des chibanis, ces retraités algériens vivant habituellement entre les deux rives de la Méditerranée.

Désormais retraités et isolés, les chibanis ont vu leur situation précaire se détériorer avec la crise du coronavirus. La fermeture des frontières entre l’Algérie et les pays de l’espace Schengen, dont la France, est venue compliquer les choses. Vivant pour la plupart entre la France et l’Algérie, les retraités algériens restent une partie de l’année en France pour percevoir l’ASPA, l’allocation de solidarité aux personnes âgées.

Depuis la fermeture des frontières, « en France, on a des personnes qui ont l’habitude de voir leur famille tous les trois ou quatre mois dans le pays et là elles n’ont pas pu revoir leurs proches, avec la fermeture des frontières. Cela a été très compliqué, très difficile à gérer psychologiquement pour toutes ces personnes », explique Maïa Lecoin, directrice de l’association Ayem Zamen.

De l’autre côté, « des personnes se sont retrouvées bloquées au pays et n’ont pas pu rentrer en France. Dans leur pays d’origine elles n’ont pas forcément les mêmes dispositifs médicaux qu’en France où se trouve leur médecin traitant et où elles connaissent les hôpitaux », ajoute la responsable associative.

Les retraités réclament une réforme des conditions de résidence en France

Pour ces retraités, il faut effectivement rester six mois et un jour en France pour pouvoir percevoir l’ASPA, le minimum vieillesse, 900 euros par mois environ. Ils sont nombreux à réclamer une réforme de ces conditions de résidence.

« Les droits à la retraite sont exportables mais pas l’ASPA », précise Maïa Lecoin. La plupart de ces hommes ont eu des parcours professionnels accidentés avec des salaires assez bas et ils sont nombreux à dépendre de cette allocation de solidarité. Dans une circulaire du 19 mars 2020, la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse) a réaffirmé de façon assez ferme ce principe de six mois et un jour en France.

Mais la fermeture des frontières pendant plusieurs mois au début de la pandémie entre le Maghreb et les pays de l’Union européenne a rendu ce principe inapplicable. « Vu que les frontières ont été un temps fermées, les personnes n’ont pas pu respecter ces conditions de résidence en France. J’espère que l’administration aura un œil bienveillant sur des circonstances qui dépassent la seule volonté de la personne », conclut Maïa Lecoin.