La condamnation de l’islamologue Saïd Djabelkhir à 3 ans de prison continue de susciter la colère en Algérie. Après les dénonciations, des activistes, citoyens et intellectuels se mobilisent pour que la liberté d'opinion et de consciences soit respectée dans le pays. Certains de ces militants ont lancé une nouvelle pétition de soutien à l'islamologue condamné.

Cette pétition, intitulé « Liberté pour Saïd Djebelkhir », s'adresse à Abdelmadjid Tebboune. Ses initiateurs rappellent que « Djabelkhir a été jugé sur des énoncés où la justice n’est pas supposée interférer tant ils dépassent ses compétences, car il ne s’agit pas là d'offense par un citoyen lambda mais d’une réflexion d’un penseur dont le but n’est pas d’offenser ni de nuire à l’islam ou aux musulmans mais, au contraire, de les servir, éclairer, promouvoir et faire évoluer ». Ils ajoutent : « Nul ne peut mettre en doute que la mission première d’un islamologue, musulman croyant et pratiquant de surcroît, comme l’est Saïd Djabelkheir, est de servir l’islam, par l’ijtihad : c’est sur cette seule base de sa sincérité que la justice aurait dû trancher ».

Les signataires soulignent également le caractère inquisitoire du procès de l'islamologue. « Tout ce qu’il a dit ou écrit, la dépasse et dépasse n’importe quel autre théologien de la planète de quelque école islamique qu’il soit. Non pas parce que Saïd Djabelkhir soit un génie mais parce que ses énoncés sont nouveaux et lui appartiennent en propre. Comme l’idée de l’héliocentrisme appartient à Galilée bien que le tribunal l’ait malheureusement condamné pour hérésie en 1633. Nous croyions que l’Algérie de 2021 n’est pas l’Italie du 17e siècle comme certains ont tendance à la caricaturer »,  peut-on lire dans le texte de la pétition. Ses rédacteurs font également référence au passé récent du pays qui a traversé une décennie macabre.

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Les signataires demandent à Tebboune d'intervenir

Les signataires affirment que « condamner Djabelkhir c’est condamner l’ijtihad : c’est indigne du pays pour lequel des millions sont morts en luttant contre le colonialisme et plus de 200 000 lors de la décennie noire dans la lutte contre l’hydre wahhabite ».

Ces militants, outrés par cette condamnation, demandent à Abdelmadjid Tebboune d'intervenir. « Nous ne pouvons vous demander d’agir pour la libération de Djabelkhir sans vous rappeler que l’article 144 bis 2 dans le code pénal algérien (la loi 06-23 du 20 décembre 2006) a induit une interprétation attentatoire aux droits humains les plus fondamentaux, à savoir la liberté de conviction dans notre pays », rappellent-ils. Ils ajoutent que « ce problème touche aujourd’hui un chercheur, mettant ainsi à nu les contradictions de cet article et les poursuites pénales observées avec la liberté de culte et de conscience, pourtant garantie par l’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par l’Algérie, et reconnu par l’article 42 de la Constitution ».

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