Les tragiques événements du printemps noir de 2001 en Kabylie ont fait 126 morts. Ils ont également causé des centaines de blessés qui en gardent encore les séquelles. Parmi eux, ce jeune répondant au nom de Hakim Arezki. Originaire de la localité d'Azazga, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, celui-ci a été gravement touché par balle. Miraculeusement sauvé d'une mort certaine, il a fini cependant par perdre la vue. 20 ans plus tard, il participe avec l'équipe de France aux jeux paralympiques qui se déroulent à Tokyo comme joueur de cécifoot. Retour sur un véritable parcours du combattant. 

Hakim Arezki est né le 20 mars 1983. Il avait 18 ans et était lycéen lors des événements de 2001. Comme les autres jeunes, il ne pouvait pas rester à l'écart des manifestations. Le 27 avril 2001, un vendredi, sa vie a complètement basculé. Il a été en effet gravement blessé alors qu'il participait à une marche pacifique qui se tenait au niveau de sa localité.

Hakim Arezki raconte comment il a perdu la vue pendant une marche du printemps noir

Il a reçu en effet deux balles. Une au niveau du tendon d’Achille et une autre juste au-dessous de la tempe. « La dernière image que j’ai vue est celle d’un gendarme en position de tir. J’ai fait un léger mouvement de la tête lorsque j’ai ressenti quelque chose de chaud me transpercer le visage juste à côté de la tempe. J’ai vu alors une lumière intense, puis le noir absolu », raconte Hakim au magazine Jeune Afrique, qui a fait un portait de lui dans son édition du 1er septembre 2021.

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Le jeune manifestant qui a été évacué à l'hôpital de la ville d'Azazga puis a été transféré en urgence à l'hôpital Mustapha Pacha à Alger. Son séjour au niveau de cette structure sanitaire n'a duré que quelques jours. Son père, qui vivait en France, l'a transféré à Paris sur conseil du médecin traitant de son fils à Alger. « À mon avis, votre garçon va perdre la vue, lui explique-t-il en substance. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de l’évacuer vers l’étranger », lui a-t-on dit, rapporte Jeune Afrique.

Au niveau de l'hôpital parisien, Hakim, qui était alors plus proche de la mort que de la vie, a subi une opération à la tête. Les chirurgiens lui ont extrait trois fragments de balle qui ont sectionné cependant le nerf optique. Il avait ainsi peu de chance de retrouver un jour la vue. Le diagnostic a été confirmé en Russie où il a été transféré quelques semaines plus tard. « Deux heures après l’impact de la balle, on peut sauver un œil. Une année après, aucun espoir », indiquent en effet les médecins.

Hakim est naturalisé français et découvre le cécifoot

La triste nouvelle n'a cependant pas abattu Hakim, qui commence alors à refaire sa vie. Naturalisé français, il s'installe là-bas. Il fut admis dans un centre pour les non-voyants. Parallèlement, il s'adonne à son sport préféré, le football. Il découvre ainsi cécifoot et s’engage dans plusieurs clubs. En un laps de temps très réduit, il s'affirme dans ce sport. Il a été appelé en équipe de France en 2009. Depuis il enchaine les participations internationales. La dernière est toujours en cours. Il s'agit des jeux paralympiques qui se tiennent au Japon.

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La renaissance de Hakim Arezki

Entre temps Hakim, âgé aujourd'hui de 38 ans, a fondé un foyer. Il est d'ailleurs père d'une fillette de 8 mois prénommée Nilya.  « Sa réussite est une vengeance sur celui qui lui a ôté la vue, une vengeance sur les toutes les épreuves qu’il a vécues », a déclaré son père à Jeune Afrique.

Hakim Arezki n'a pas coupé avec sa terre natale. De temps à autre, il se rend en effet à Azazga où il ressasse de bons et de mauvais souvenir.