Le quotidien français Le Monde a révélé une étrange histoire qui met en lumière les difficultés que rencontrent les modérateurs du réseau social Facebook avec les utilisateurs « arabes », particulièrement ceux d'Afrique du Nord.

En effet, selon des documents qui ont « fuités » grâce à Frances Haugen, une ex-employée de Facebook, le géant de l'Internet est incapable d'examiner les commentaires en langue arabe potentiellement contraires à ses standards, notamment anti-racistes et anti-terroristes.

C'est ainsi que les contenus des utilisateurs d'Afrique du Nord sont devenus problématiques pour les modérateurs de Facebook, incapables de comprendre tous les dialectes utilisés dans les différents pays du Maghreb et leurs différentes régions, que ce soit en Algérie, au Maroc, en Tunisie ou en Libye. Le même souci se pose dans les pays orientaux, mais avec moins d'acuité, vu que les dialectes qui y sont utilisés sont plutôt proches de l'arabe académique.

En fait, cette situation est logique, dans la mesure où chaque pays possède ses propres spécificités linguistiques. Pis encore, dans un pays comme l'Algérie, des dialectes arabes sont incompréhensibles pour des Algériens, selon les régions et l'évolution de la langue arabe dans la société. Sans compter les dialectes berbères, écrits en latin ou en arabe, et utilisés dans des pays que Facebook considère arabophones.

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Des commentaires racistes, violents ou haineux passent à travers les filets de Facebook

Cette situation rend la tâche difficile aux modérateurs du réseau social, qui ne comprennent pas les nuances existantes dans les différents dialectes. C'est ce qui permet aux auteurs de commentaires violents ou racistes d'échapper à la censure de la modération. C'est ce qui permet également aux modérateurs de censurer des commentaires contenant des mots qui ne violent pas les règles d'utilisation de Facebook, ni les lois des pays où résident leurs auteurs.

Selon les documents divulgués par la lanceuse d'alerte Frances Hugan, cette réalité est due à un manque de moyens humains. À la fin de l'année 2020, Facebook manquait de modérateurs capables de comprendre les différents dialectes de la langue arabe ou les contextes culturels nationaux. Ces documents affirment que les dirigeants du réseau social avaient déjà été informés à ce propos.

« L'arabe n'est pas une langue, mais plutôt une famille de langues, dont beaucoup sont mutuellement incompréhensibles », écrit, entre autres, l'un des auteurs des documents en question, ajoutant : « Il n'est pas du tout garanti qu'un Marocain puisse actionner (jargon interne signifiant prendre une décision sur un contenu) correctement des contenus algériens, tunisiens ou libyens. Et il est quasiment garanti qu'il va mal actionner des contenus non maghrébins ».

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En d'autres termes, un modérateur marocain aura des difficultés à prendre des décisions (censurer ou tolérer) des contenus d'utilisateurs algériens ou autres écrits dans des dialectes propres à eux qu'il ne comprend pas. Cela conduit à de nombreuses erreurs. Et pour certains pays, Facebook ne dispose tout simplement pas d'experts capables de comprendre la langue.