Un Algérien se bat depuis plus d'un an pour ses droits, suite à un accident de la route qui a eu lieu non loin de Grenoble, dans le sud-est de la France. Mohamed Meriah, qui a quitté sa Cherchell natale en 2014, n'a pas apprécié que le parquet de Grenoble classe son affaire sans suite. Pourtant, les conclusions de l'inspection du travail ont clairement mis en cause la société qui employait l'Algérien.

Quand Mohamed Meriah parle de son accident et de ses graves conséquences, l'émotion ne peut être camouflée. Et le récit publié cette semaine par le quotidien régional Le Dauphiné Libéré le montre bien. Quand il a quitté l'Algérie, le 14 octobre 2014, n'était pas un cas social. Il avait un commerce, mais il devait partir rejoindre sa dulcinée qui deviendra la mère de ses deux enfants.

Une fois dans l'agglomération de Grenoble, l'Algérien s'est affairé à construire sa vie. Il a passé tous ses permis pour devenir chauffeur de poids lourd en intérim. L'agence d'intérim qui l'employait régulièrement estimait son sérieux et son application. Avec sa femme et ses deux enfants, tout allait bien pour Mohamed Meriah jusqu'à ce jour fatidique du 22 octobre 2020.

L'Algérien raconte son accident de la route

Ce jour-là, l'Algérien de Grenoble avait un nouvel employeur et il devait faire une première livraison. Il a pris le volant d'un Renault de 30 tonnes dont plus de la moitié était du bitume à 160 degrés, chargés dans la benne. Il devait le livrer à un client d'Auris-en-Oisans. Son véhicule n'était pas doté de GPS et Mohamed Meriah ne connaissait pas vraiment le secteur. Il compte alors sur Google Maps qui le mène vers l'ascension des 21 lacets de l'Alep-d'Huez. Pas vraiment le bon chemin vers sa destination. Dès qu'il se rend compte de son erreur, il fait demi-tour et obtient le bon itinéraire grâce à une communication avec le client qui l'attendait.

Selon le récit de Mohamed Meriah sur le même média, en descendant vers la vallée, il n'a plus de freins. Le véhicule file tout droit et plonge dans un ravin, mais il ne fait qu'une dizaine de mètres en contrebas, grâce à la végétation qui l'a arrêté. Mais le bitume était à environ 120 degrés et remplissait la cabine du camion où l'Algérien était bloqué. « Je suis resté séquestré trois heures dans le camion », raconte-t-il en précisant que son téléphone était hors d'atteinte. Les sapeurs-pompiers avaient besoin d'un marteau piqueur pour dégager ses jambes coincées dans le goudron.

Une jambe amputée : douloureux souvenir pour Mohamed

Près de 18 mois plus tard, Mohamed a une seule jambe, la droite ayant été amputée par l'équipe médicale qui a eu beaucoup de difficultés pour sauver sa jambe gauche. Le fils de Cherchell parle de l'amputation avec beaucoup d'émotion. « Ils me piquaient sur la jambe en remontant pour déterminer à quel endroit j’avais des sensations. J’avais envie de mentir. On était en train de négocier une partie de mon corps. Quand j’ai enfin senti l’aiguille, j’avais l’impression d’avoir gagné au loto ! », raconte-t-il à propos de ce douloureux épisode à l'hôpital Edouard-Herriot de Lyon.

Après l'accident, l'inspection du travail a conclu dans son rapport que le document unique d’évaluation des risques professionnels de la société pour laquelle travaillait l'Algérien le jour des faits n’abordait pas le risque relatif à la conduite de poids lourd en zone de montagne. Pour cet organisme, le camion n'était pas équipé d'un GPS, donc, la société aurait dû remettre à Mohamed Meriah un itinéraire écrit. Ce dernier n'était pas formé à la conduite d'engins transportant des matières dangereuses, a également conclu l'inspection du travail.

Le parquet de Grenoble tourne le dos à Mohamed

Visiblement, le parquet de Grenoble n'a pas pris en compte le contenu de ce rapport rendu en mai 2021. Il a classé l'affaire sans suite, estimant que « le comportement du plaignant a facilité la commission de l’infraction ». Cela ne convainc pas l'avocat du chauffeur, Me Hervé Gerbi, qui pense que les erreurs commises sont dues aux infractions au Code du travail, signalées par l'inspection du travail. L'avocat fera savoir qu'il déposera un recours auprès du procureur général pour contester la décision du parquet de Grenoble.

Mohamed Meriah parle de son handicap avec beaucoup d'émotion. Parfois avec des pleurs. « La première fois qu’elle a vu mon pied brûlé, ma fille m’a demandé de le recouvrir. Je me suis senti comme un monstre », raconte-t-il en pleurant. Il regrette de ne pas pouvoir prendre soin de ses enfants. « Mon fils a appris à faire du vélo avec le voisin », ajoute encore l'Algérien de 41 ans.

« Je dois me battre pour qu’on reconnaisse que ma vie est foutue », explique l'Algérien

« J’ai l’impression qu’on me traite de chauffard, que je ne suis même pas une victime. Je dois me battre pour qu’on reconnaisse que ma vie est foutue. On me dit que j’ai trop freiné et que c’est pour cela que les freins ne fonctionnaient plus. Mais il aurait fallu que je fasse comment pour retenir 30 tonnes dans une descente sans freiner ? », martèle Mohamed.

Mohamed Meriah se sent seul aujourd'hui et n'hésite pas à exprimer son mal-être suite à son accident, mais aussi à l'attitude de sa société et du parquet. « Je ne demande pas des millions. Mais moi, je voulais bien faire mon travail, que le client soit content de moi et qu’on me propose d’autres missions. Et aujourd’hui, marcher est une souffrance. Parfois, je parle à mon miroir et je me dis "t’as merdé". Mais je ne sais même pas pourquoi », confie-t-il avec autant d'amertume et de douleur.