Les questions de la colonisation, de guerre d'Algérie et de la mémoire commune entre l’Algérie et la France relèvent souvent du passionnel. Les visions des deux rives de la Méditerranée ne sont pas réconciliables sur beaucoup de dossiers et cela près de 60 ans après l’indépendance de l’Algérie. Parmi ces dossiers, celui des harkis reste le plus sensible. « Traîtres pour les Algériens », « des hommes qui ont combattu le FLN pour les Français », ces supplétifs de l'armée française sont au centre de visions radicalement opposées des deux parties.

C'est à ce sujet très compliqué et complexe auquel s'est attaqué le réalisateur Philippe Faucon. Dans son long métrage il propose « sa vérité » qui fera certainement débat que ce soit en Algérie ou en France. Ce film fera certainement polémique, étant donné qu'il n'a pas choisi de plaire à aucune partie. En effet, ce thème est à l'origine de divergences historiques et quel que soit la façon dont on raconte leurs histoires les Algériens et les Français ne peuvent se mettre d'accord.

Ainsi, ce film présenté ce 19 mai à la quinzaine du Festival de Cannes a pour ambition d'exposer, à partir d’une situation complexe, un récit à la fois rigoureux et prenant. En s’attachant au vécu personnel de ces harkis qui ont eu « tout faux » pendant la guerre et l’ont payé durement après l’indépendance de l’Algérie. Le réalisateur a choisi de commencer le film avec une image violente pour souligner la violence d'une guerre et aussi la violence de leurs vécus. Les premières images du long-métrage montrent donc furtivement une tête coupée dans un seau, déposé devant le domicile familial d’un supplétif capturé après le cessez-le-feu. Des images qui révèlent la rancœur des Algériens envers ce corps qui a servi l'armée colonisatrice.

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Quotidien en opération d’un groupe de harkis

Pour le reste du film, il s'agit d'images racontant avec sobriété le quotidien en opération d’un groupe de harkis commandés par un jeune officier français. Des images humanisant pour ce corps déshumanisé, notamment pour les Algériens ayant vécu cette guerre et qui ont subit les violences de ce corps qui pour de nombreux Algériens usait de zèle dans les persécutions. Ce film explique aussi comment le piège s'est refermé sur ces Algériens qui ont choisi de rejoindre l'armée française sans pour autant comprendre les enjeux politiques de l'époque.

En conclusion, le réalisateur du film a voulu montrer certains aspects de la guerre d’Algérie sans pour autant prendre position sur la question des harkis. Ce réalisateur, qui a passé son enfance en Algérie, n'est pas à son premier film. Il a déjà produit « La Trahison » en 2005 et plus récemment « Fatima » un portrait d’une courageuse femme de ménage maghrébine.