Le dossier de la mémoire et de l'histoire continue de passionner en Algérie et en France. Des deux rives de la Méditerranée, certains dossiers sont très sensibles. C'est le cas du dossier des harkis, qui représente deux visions irréconciliables. En effet, pour les Algériens, ces supplétifs de l'armée française sont des traîtres qui ont commis des atrocités pendant la Guerre d'indépendance, alors que pour les Français, ils représentent des combattants fidèles pour l'idéal républicain de l'époque.

Ainsi, que ça soit en Algérie ou en France, 60 ans après la fin de la Guerre d'Algérie, ce sujet continue de faire débat. Cette fois-ci, ce débat dépasse les colonnes des journaux et se retrouve dans les tribunaux de France. En effet, deux Algériennes, Nora et Nadhira, ont été condamnées par le tribunal correctionnel de Castres (Tarn) pour avoir qualifié sur Facebook les Harkis de traîtres et de collabos. Ces deux femmes, domiciliées à Palavas-les-Flots et à Montpellier, ont été poursuivies par l'Association Génération Harkis et leurs amis, installée à Castres à l'époque des faits et dont le siège social vient d'être transféré à Valras-Plage, dans l'Hérault.

Le président de cette association, Mohamed Djafour, avait introduit une procédure judiciaire avec constitution de partie civile pour diffamation envers un corps constitué. Ces deux Algériennes ont été reconnues coupables par les juges de Castres pour avoir porté des allégations portant atteinte à l'honneur ou à la considération des Harkis, en écrivant publiquement sur les réseaux sociaux : « On peut pas faire confiance aux Harkis, ce sont des traîtres », et aussi : « les Harkis, pfft, pourquoi pas les collabos des Allemands contre la France. Tout est bon pour gagner des élections, misère, les Harkis ont tué des Algériens ».

Harkis : un faussé entre la France et l'Algérie

Pour ces publications, le tribunal correctionnel de Castres a jugé que « ces propos tombent sous le coup du délit de diffamation, car ils font référence à des actes de collaboration avec l'Allemagne ou à la Guerre d'Algérie. Traître est une notion diffamante, selon la jurisprudence de la Cour de cassation ». Les deux prévenues écopent ainsi d'une amende de 1000 euros chacune, et de 800 euros chacune à titre de réparation du préjudice moral et 500 euros solidairement pour rembourser les frais de justice de l'association. Des condamnations non frappées d'appel et donc définitives.

il faut dire que cette condamnation, qui a comme objet une diffamation, révèle tout de même le fossé idéologique entre l'Algérie et la France concernant ce sujet. En Algérie, ce corps de supplétifs de l'armée française est effectivement considéré comme un corps de traîtres, d'où le nom « harkis ». Pour les Algériens, ce corps a fait autant si ce n'est pas plus de mal en Algérie pendant la Guerre de libération.