Depuis plusieurs années, l'Algérie représente un marché très rentable pour les exportations du blé de France, notamment pour cause d'une relation commerciale qui s'inscrit dans un contexte historique de coopération entre les deux pays. Toutefois, cette dynamique semble aujourd’hui s’effriter en raison de tensions diplomatiques persistantes entre les dirigeants des deux pays.
Depuis l’été 2021, les relations entre Paris et Alger ont connu des turbulences, exacerbées par des divergences sur des questions géopolitiques sensibles. Ce refroidissement diplomatique a eu des répercussions sur divers secteurs, y compris celui des exportations agricoles, où la France, traditionnellement un fournisseur majeur, voit ses parts de marché se réduire face à la concurrence.
L’impact de cette baisse des exportations de blé français vers l’Algérie se fait ressentir sérieusement dans l'Hexagone. Pour la France, la perte d'un marché aussi important représente une perte de recettes significative, notamment dans un secteur agricole déjà sous pression. La situation compromet également l’équilibre de l’offre et de la demande, entraînant des incertitudes sur l’avenir des exportations agricoles françaises.
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Cette situation soulève une question cruciale : la baisse des importations de blé français vers l’Algérie est-elle uniquement le fruit de ces tensions diplomatiques ou des facteurs économiques et logistiques sont-ils également à l’origine de cette crise ?
Les importations de blé français vers l'Algérie en baisse
Les chiffres parlent d’eux-mêmes, la production de blé tendre en France pour la campagne 2024/25 connaît une baisse significative et cela impacte directement les exportations. Jusqu’à récemment, FranceAgriMer estimait à 4 millions de tonnes les exportations françaises vers les pays hors Europe pour cette campagne, un chiffre en nette diminution par rapport aux 10 millions de tonnes exportées lors des campagnes précédentes. Le dernier ajustement de prévision abaisse ce chiffre à 3,9 millions de tonnes.
Habasse Diagouraga, chargé d’études économiques sur les céréales, déclare : « On est très en retard sur le réalisé, c’est surtout en lien avec l’absence de l’Algérie dernièrement sur notre marché ». L'Algérie, qui était un client historique majeur pour le blé français, achetait entre 2 et 6 millions de tonnes de blé chaque année dans les années 2010. Toutefois, depuis plusieurs années, les importations algériennes ont chuté. En 2021/22 et 2022/23, l’Algérie a importé environ 1,8 million de tonnes, puis 1,6 million de tonnes en 2023/24.
La crise diplomatique entre la France et l'Algérie, bien qu’ayant affecté les relations commerciales bilatérales, ne semble pas avoir eu l’effet de stopper entièrement les importations de blé. Cependant, elle a incité l’Algérie à se tourner vers d’autres fournisseurs, en particulier la Russie, après la modification de son cahier des charges en novembre 2021. Benoît Piètrement, président du conseil spécialisé « grandes cultures » de FranceAgriMer, a souligné que « pour des raisons indépendantes de tout ce qui concerne les céréales, les relations diplomatiques avec la France sont compliquées (…) Voilà, on a perdu ce marché, mais il faut qu’on soit positionnés sur d’autres - Maroc, pays d’Afrique subsaharienne et il y a parfois des besoins de ventes très ponctuels, avec des marchés qui peuvent s’ouvrir ». Ce repositionnement stratégique est également une réponse à la volatilité des marchés internationaux, permettant à l’Algérie de sécuriser ses approvisionnements en blé à des conditions plus favorables.
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