L’Algérie tourne définitivement le dos au blé français

L'Algérie, autrefois l'un des principaux débouchés pour les exportations françaises de blé tendre, a récemment arrêté ses importations en provenance de France. Cette décision, attribuée à des tensions diplomatiques croissantes entre les deux nations, a des répercussions majeures sur le commerce céréalier français et redistribue les parts de marché dans le secteur.

Les relations entre la France et l'Algérie, historiquement complexes, se sont récemment dégradées, affectant directement les flux commerciaux. Selon Benoît Piètrement, président du conseil spécialisé des grandes cultures de FranceAgriMer, cité par le média spécialisé La France Agricole, l'Algérie est désormais « quasi, voire complètement fermée » au blé français. Ce contexte résulte de divergences politiques persistantes entre les deux pays qui ont pesé sur les relations économiques.

Bien que l'impact soit atténué cette année en raison de volumes exportables déjà limités, cette situation suscite des inquiétudes en France pour les campagnes futures. Le marché algérien représente une part importante des exportations françaises de blé tendre, notamment grâce à la proximité géographique et à des décennies de coopération économique.

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Importation de blé : l'Algérie se tourne vers l'Ukraine et la Russie

L'absence de la France sur le marché algérien ouvre la voie à d'autres exportateurs, notamment l'Ukraine et la Russie, qui renforcent leur présence dans la région. Depuis le début du conflit russo-ukrainien, l'Union européenne a soutenu l'Ukraine en facilitant ses exportations de céréales, améliorant ainsi sa compétitivité sur le marché international. Cette dynamique, combinée à la réouverture progressive des ports ukrainiens en mer Noire, intensifie la concurrence.

Clémence Lenoir, analyste chez FranceAgriMer, souligne que l'Ukraine profite également de la demande européenne croissante, notamment en Espagne. Ce pays, confronté à une baisse significative de sa propre production, a absorbé une grande partie des volumes ukrainiens, améliorant ainsi la concurrence avec le blé français sur le marché communautaire.

Des prévisions moroses pour les exportations françaises de blé

Pour la campagne 2024-2025, les prévisions d'exportation de blé tendre français vers les pays tiers sont de 3,5 millions de tonnes, un niveau historiquement bas depuis 2000-2001. Les difficultés ne se limitent pas au marché algérien : la Chine, autrefois un important acheteur d'orge et de blé français, réduit également ses achats. Cette baisse de la demande chinoise a conduit à une révision à la baisse des exportations françaises d'orge, qui devraient atteindre seulement 1,9 million de tonnes, contre 3,8 millions l'année précédente.

En conséquence, les stocks français de céréales pour la fin de la campagne 2024-2025 sont projetés à 1,61 million de tonnes, un sommet depuis 2008-2009. Cette accumulation souligne les difficultés rencontrées pour trouver des débouchés alternatifs.

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Les experts du secteur s'accordent à dire que la reconquête des parts de marché perdues est un défi crucial. Philippe Heusèle, secrétaire général de l'AGPB, rappelle qu'après la mauvaise campagne de 2016, il avait fallu plusieurs années pour rétablir la confiance des acheteurs internationaux.

La France explore de nouveaux marchés

Le Maghreb, région historiquement fidèle au blé français, est aujourd'hui un terrain de jeu pour de nouveaux acteurs. Pour se repositionner, la France devra non seulement démontrer la qualité de ses grains, mais également faire preuve de compétitivité face aux exportateurs agressifs tels que la Russie et l'Ukraine.

En outre, les négociations diplomatiques avec l'Algérie pourraient jouer un rôle déterminant dans l'avenir des exportations françaises. Une normalisation des relations pourrait rouvrir un marché clé pour les producteurs français, mais cette perspective reste incertaine.

Face à ces obstacles, la France explore de nouveaux marchés pour ses céréales, notamment en Afrique subsaharienne. Si cette région offre des opportunités, les volumes exportés restent insuffisants pour correspondre à la perte des marchés algériens et chinois. Une stratégie de diversification, combinée à des efforts pour renforcer les relations commerciales existantes, sera essentielle pour limiter les impacts économiques.

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Cette crise illustre à quel point les exportations agricoles sont vulnérables aux aléas diplomatiques et géopolitiques. Pour le secteur céréalier français, il s'agit d'un signal fort en faveur d'une adaptation rapide et d'une approche proactive pour préserver sa compétitivité sur la scène mondiale.


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