La Grande Mosquée de Paris se retrouve au cœur d’une controverse concernant la gestion et la transparence des certifications halal, nécessaires pour l’exportation de produits vers l’Algérie. Cette situation, largement critiquée pour son opacité et ses implications financières, suscite des interrogations sur la légalité et l’équité du processus. Voici un état des lieux basé sur les récentes enquêtes et déclarations publiques.
Depuis un accord signé en décembre 2022 entre la Grande Mosquée de Paris et l’Algérie, cette institution détient un monopole exclusif sur la certification halal des produits exportés de l’Union européenne vers le pays. Ce label est indispensable pour passer les douanes algériennes, même pour des produits ne nécessitant pas une certification religieuse, comme des cosmétiques ou des biscuits.
Les industriels doivent s’acquitter d’une taxe pour obtenir cette certification, allant de quelques centimes par kilo (2 centimes pour la poudre de lait, 10 centimes pour les chocolats). Bien que ces montants puissent sembler faibles, leur cumul, associé aux importants flux d’exportation vers l’Algérie, génère des revenus considérables. En 2023, par exemple, les seules exportations de yaourts ont rapporté environ 2,2 millions d’euros.
Critiques sur la transparence concernant la certification de produits Halal
La gestion de ce système par le recteur de la Grande Mosquée, Chems-Eddine Hafiz, et son bras droit, Mohammed Louanoughi, a été fortement critiquée. Une société commerciale, présidée par Hafiz et domiciliée à la mosquée, administre le processus de certification. Bien que cette entreprise soit censée financer l’exercice du culte musulman, des questions ont été soulevées sur l’usage réel des fonds. Le chiffre d’affaires déclaré pour 2023 (1,7 million d’euros) semble en décalage avec les montants potentiels générés par les certifications.
En outre, des industriels et des experts dénoncent un manque de contrôle effectif. Un ancien responsable halal a indiqué que la certification est souvent octroyée sans vérification rigoureuse, ce qui pourrait compromettre la confiance des consommateurs. Ghaleb Bencheikh, islamologue, critique l’élargissement de la certification à des produits qui ne relèvent pas de prescriptions religieuses, qualifiant ce système de « non-sens théologique ».
Enjeux économiques et politiques
Le système, en place depuis fin 2022, est également source de tensions entre la France et l’Algérie. Des élus français, comme François-Xavier Bellamy (LR), dénoncent ce qu’ils considèrent comme une « taxe déguisée » imposée aux industriels français. Il a saisi la Commission européenne, estimant que ce monopole entrave le commerce et pose un problème de sécurité juridique.
De son côté, Chems-Eddine Hafiz rejette les accusations, affirmant que toutes les recettes servent à financer le culte musulman, conformément aux statuts de la société. Il dénonce une « cabale médiatique » et défend la légalité de l’accord. Cependant, le ministère de l’Intérieur examine actuellement sa conformité avec la loi de 1905 sur la laïcité.
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Réactions institutionnelles et diplomatiques
Cette affaire intervient dans un contexte déjà tendu entre Paris et Alger. En mars 2024, des alertes avaient été envoyées à la Commission européenne sur les pratiques de certification, et une réunion avait eu lieu en décembre pour discuter des délais, des prix et des contrôles. La légalité de cet accord pourrait faire l’objet d’un examen approfondi, notamment dans le cadre des relations commerciales entre l’Union européenne et l’Algérie.
Alors que les critiques s’intensifient, le débat autour de la certification halal met en lumière des enjeux plus larges liés à la régulation des produits religieux, aux monopoles économiques et aux relations diplomatiques. Les décisions des autorités françaises et européennes dans les mois à venir pourraient remodeler ce système, avec des conséquences importantes pour les exportateurs, les consommateurs et les institutions religieuses.
