Blé : comment la France a perdu le marché algérien

L’Algérie a longtemps été l’un des plus gros acheteurs de blé français, absorbant jusqu’à cinq millions de tonnes par an. Ce partenariat stratégique, nourri par des liens historiques et une proximité géographique, garantissait à la France un débouché stable et conséquent. Pourtant, ces dernières années, les exportations françaises vers Alger se sont effondrées.

En 2023, les exportations de blé de la France vers l'Algérie sont tombées à moins d’un million de tonnes, contre 5,4 millions en 2018. Sur la période juillet-décembre 2024, un seul navire de 31 500 tonnes a quitté les ports français pour l’Algérie.

Ce recul spectaculaire n’est pas anodin. Il s’explique par une combinaison de facteurs économiques, commerciaux et diplomatiques qui ont poussé Alger à diversifier ses fournisseurs et à réduire drastiquement ses achats de blé français.

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Une concurrence féroce du blé russe

Si la crise diplomatique entre Paris et Alger a pu peser sur les échanges, le basculement vers d’autres fournisseurs s’est amorcé bien avant. En 2016, la France a connu une récolte catastrophique, entraînant une forte baisse de sa capacité d’exportation. L’Algérie s’est alors tournée vers la Russie, qui, avec des investissements massifs dans son agriculture, est devenue le premier exportateur mondial de blé.

Le blé russe présente plusieurs avantages compétitifs. Son prix est inférieur à celui du blé français, et son taux de protéines plus élevé le rend plus attractif pour la panification. En 2021, l’Algérie a modifié ses critères d’importation en acceptant un taux de grains endommagés plus élevé, passant de 0,2 % à 0,5 %, ce qui correspond mieux aux caractéristiques du blé de la mer Noire. Ces évolutions ont permis à la Russie de s’implanter durablement sur le marché algérien, reléguant la France à un rôle secondaire.

Une perte difficilement réversible

La sortie progressive de la France du marché algérien représente un défi majeur pour son secteur céréalier. Alors que l’Algérie était un client stable et historique, sa dépendance aux importations françaises s’est réduite au profit d’acteurs plus compétitifs.

Pour la filière blé en France, cette perte est d’autant plus problématique qu’elle ne peut pas être facilement compensée. Le Maroc et la Chine, autres débouchés potentiels, n’ont pas augmenté leurs importations, et le marché mondial devient de plus en plus concurrentiel.

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Dans ce contexte, les céréaliers français doivent désormais repenser leur stratégie en cherchant de nouveaux marchés ou en améliorant leur compétitivité face aux producteurs russes. Car si l’Algérie pourrait, à terme, redevenir un acheteur du blé français, rien ne garantit un retour aux volumes d’autrefois.


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