Un procès s’est ouvert mercredi 26 mars devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, mettant en lumière un système d’exploitation de travailleurs saisonniers marocains dans plusieurs fermes du Sud-Ouest de la France. Vingt-huit migrants sont concernés par cette affaire qualifiée de traite d’êtres humains, impliquant six personnes, dont un couple franco-marocain au cœur du dispositif.
Selon les éléments présentés lors de l’audience, les plaignants affirment avoir été recrutés au Maroc avec la promesse de contrats de travail à plein temps, d’un hébergement décent, et d’un véhicule de fonction, rapporte le média Sud-Ouest. Certains de ces migrants marocains auraient même été convaincus qu’ils obtiendraient une carte de séjour de trois ans leur permettant de travailler légalement en France.
En réalité, ces Marocains se sont retrouvés dans des conditions précaires, avec des contrats à temps partiel faiblement rémunérés et des logements insalubres situés à Aiguillon et Damazan, dans le Lot-et-Garonne. Plusieurs d’entre eux ont témoigné avoir payé jusqu’à 12'000 euros pour accéder à ces contrats, via des intermédiaires liés aux prévenus. L’un des travailleurs marocains, diplômé en gestion des entreprises, a raconté avoir dormi sur un matelas posé dans une cuisine, partageant les lieux avec plusieurs autres occupants dans des espaces étroits et mal équipés.
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Une enquête déclenchée par un contrôle inopiné
L’affaire a débuté en juin 2023, à la suite d’un contrôle inopiné effectué par la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) sur une exploitation du Gers. Les agents y ont découvert deux saisonniers marocains sans autorisation de travail. Cette découverte a conduit à une enquête d’un an, au cours de laquelle plusieurs associations ont alerté les autorités sur des pratiques similaires dans d’autres exploitations.
L’entreprise agricole mise en cause, créée en 2022, utilisait deux sociétés de prestation de services pour placer les travailleurs dans diverses fermes de la région. Le parquet considère que cette structure avait pour but d’organiser un système de main-d’œuvre illégale, en profitant de la vulnérabilité des migrants.
Des peines de prison ferme requises
Les principaux prévenus sont Amal, une quadragénaire bordelaise, et son mari Chadid, un Marocain de 37 ans. Le parquet a requis trois ans de prison ferme pour l’un, deux pour l’autre, estimant que les faits sont caractérisés par une dépendance économique et sociale des victimes. Les quatre autres accusés, membres des deux familles, sont poursuivis pour complicité.
Certains sont accusés d’avoir menacé les travailleurs marocains avec des armes blanches ou des battes de baseball, ce qu’ils contestent fermement. Ils ont affirmé être victimes d’un complot organisé par un saisonnier et le responsable d’une association de soutien aux migrants. Ils affirment que le projet initial fonctionnait correctement jusqu’à l’arrivée de ce travailleur, présenté comme le déclencheur des dénonciations. Le jugement dans cette affaire est attendu dans les prochains jours.
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