En France, des sans-papiers algériens exploités dans la région parisienne

En France, une dizaine de travailleurs sans-papiers, principalement originaires d’Algérie et du Maroc, ont saisi la justice pour dénoncer des conditions de travail abusives dans le secteur du tri des déchets. Ces personnes, employées entre 2019 et 2022 sans contrat ni couverture sociale, affirment avoir été exploitées par une entreprise sous-traitante travaillant pour le compte de grands groupes français spécialisés dans la gestion des déchets.

Selon un reportage publié lundi 7 avril par le média français RFI, ces travailleurs sans-papiers ont été recrutés par l’entreprise NTI, spécialisée dans le tri des déchets dans la région parisienne. Bien qu’officiellement employée comme sous-traitante, NTI intervenait pour le compte de grandes entreprises du secteur telles que Veolia, Suez et Paprec. Les plaignants affirment avoir exercé des tâches pénibles, souvent de nuit, dans des conditions de travail précaires et sans contrat légal.

Parmi eux figure Hind, une femme algérienne qui a travaillé pendant trois ans chez NTI. Elle témoigne avoir exercé ses fonctions alors qu’elle était enceinte, triant les déchets sur un tapis de tri, sans reconnaissance de son statut ni accompagnement médical. Son récit est emblématique de la situation vécue par ces ouvriers invisibles, souvent dépourvus de toute protection juridique.

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Des années de travail dissimulé dans les déchets

L’entreprise NTI a été placée en redressement judiciaire il y a deux ans, mais les anciens employés visent désormais les donneurs d’ordres. Leur avocate, Maître Katia Piantino, s’appuie sur le Code du travail qui impose à toute entreprise de vérifier que ses sous-traitants respectent la législation sociale et n’emploient pas de travailleurs en situation irrégulière. Elle accuse les géants du secteur d’avoir intentionnellement fermé les yeux, profitant d’une main-d’œuvre bon marché non déclarée.

Les témoignages recueillis décrivent un système dans lequel les travailleurs étaient totalement dépendants de leur employeur, obligés d’accepter des horaires irréguliers, des charges lourdes et des heures supplémentaires non rémunérées. En l'absence de statut légal, ils n’avaient accès ni à l’assurance chômage, ni à une quelconque forme de protection.

Une audience reportée à septembre

Pour le syndicaliste Ali Chaligny, représentant CGT chez Veolia, cette affaire ne se résume pas à un cas isolé. Il évoque un système où les métiers pénibles et peu valorisés sont occupés par des travailleurs sans titre de séjour, en raison des difficultés de recrutement. Les activités de collecte et de traitement des déchets étant non délocalisables, les entreprises se tournent vers une main-d’œuvre étrangère précaire, souvent recrutée via la sous-traitance.

Cette logique, selon lui, permet aux grandes entreprises de diminuer leurs coûts en externalisant les responsabilités juridiques, sociales et fiscales, sans réellement perdre le contrôle des opérations.

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L’affaire a été portée devant le Conseil des prud’hommes de Paris. Initialement prévue ce mois-ci, l’audience a été reportée au 26 septembre 2025. Les travailleurs concernés espèrent obtenir réparation et la reconnaissance de leur travail, ainsi qu’une éventuelle régularisation de leur situation.


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