Dépôts suspects, fausses séparations : la CAF traque les abus du RSA

La Caisse nationale des allocations familiales (CAF) a identifié pour 450 millions d’euros de fraudes sociales en 2024. Ce chiffre marque une augmentation de 20 % par rapport à l’année précédente. Selon la direction de l’organisme, cette progression est directement liée à l’intensification des contrôles et à l’exploitation plus systématique des données inter-administratives.

Depuis 2021, la CAF a mis en œuvre une politique de contrôle plus ciblée. Les fichiers des allocataires sont croisés avec ceux d’autres entités publiques : France Travail, l’Urssaf, la direction générale des finances publiques. Cette interconnexion permet de repérer automatiquement les incohérences entre les ressources déclarées, la situation familiale et les mouvements financiers.

En 2024, près de trois millions de contrôles ont été réalisés, aboutissant à la détection de fraudes plus nombreuses et mieux documentées. Les sommes indûment perçues sont en grande partie récupérées : environ 80 % des montants frauduleux ont fait l’objet d’un recouvrement, auquel s’ajoute une pénalité de 10 % prévue en cas de manquement avéré. Les dossiers les plus sérieux sont transmis au parquet pour poursuites pénales.

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Les montages utilisés

Le directeur général de la CAF, Nicolas Grivel, distingue deux types de fraude, la fraude organisée, qui mobilise des réseaux structurés, et la fraude individuelle, plus répandue, reposant sur des manipulations déclaratives.

Les méthodes observées relèvent principalement de la sous-déclaration volontaire : fausse séparation de couple pour obtenir le statut de parent isolé, omission de revenus complémentaires ou dissimulation de patrimoine. Ces schémas permettent d’accéder à des allocations conditionnées par des plafonds de ressources, notamment le revenu de solidarité active (RSA).

Un conseiller bancaire des Bouches-du-Rhône, interrogé sur RMC, apporte un éclairage complémentaire depuis le secteur privé. Il rapporte des cas réguliers de dépôts en espèces ou en chèques sur les comptes de bénéficiaires du RSA. Il évoque aussi des virements opérés en fin d’année sur des comptes tiers (enfants, proches), destinés à masquer un capital temporairement pour éviter une réévaluation des droits. Ces pratiques, bien que difficilement quantifiables, constituent des indicateurs d’irrégularités.

Vers une évolution du cadre juridique ?

Le banquier interviewé propose une réforme du système « Il faudrait permettre à l’administration de consulter les comptes des personnes qui demandent des prestations sociales à la CAF. »

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Actuellement, la consultation des données bancaires est strictement encadrée par le code monétaire et financier. Elle ne peut intervenir qu’à la suite d’une enquête administrative ou judiciaire. Pour les partisans d’un durcissement des règles, l’accès direct aux comptes bancaires des allocataires faciliterait la détection des fraudes structurelles. Pour ses opposants, cela poserait des risques en matière de protection des données personnelles et de respect de la vie privée.

Une fraude marginale en volume

Bien que le montant détecté de la fraude soit élevé, il ne représente que 2,8 % environ des 100 milliards d’euros distribués chaque année par la CAF. Ce taux reste stable depuis plusieurs années. Mais les situations relayées dans les médias, notamment celles concernant le RSA, alimentent un sentiment de dérive généralisée, qui ne correspond pas aux données globales.

L’enjeu pour la CAF est désormais double : maintenir un haut niveau de contrôle pour limiter les abus, tout en préservant la lisibilité et l’accessibilité du système pour les usagers légitimes.

 

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