Depuis quelques semaines, le taux de l'euro au marché noir en Algérie a atteint des sommets historiques, franchissant mercredi 26 novembre, la barre des 29'000 dinars pour 100 euros. Un phénomène qui suscite inquiétude et questionnements parmi les économistes et les citoyens. Selon plusieurs experts, cette flambée des prix de la monnaie européenne n’est ni naturelle ni fondée sur des forces économiques réelles. Il s’agirait plutôt d’une "fuite en avant" alimentée par des pratiques spéculatives et une série de facteurs temporaires.
Les économistes expliquent que l'augmentation brutale de l'euro n’est pas le résultat d’une demande réelle plus forte ou d’un déséquilibre économique durable. Selon le spécialiste en économie, Fares Habbache qui répondait aux questions de nos confrères d'Echorouk, cette flambée des prix serait avant tout le fruit d’une spéculation massive opérée par des acteurs du marché parallèle, souvent appelés "les traders du square". Ces derniers manipulent les prix à la hausse pour réaliser des bénéfices rapides, en agissant sur des fluctuations artificielles de l’offre et de la demande. Les traders cherchent ainsi à augmenter le prix d'achat pour ensuite augmenter les prix de vente, créant une spirale inflationniste sans fondement économique solide.
L’influence de l’importation des véhicules sur la valeur de l'euro
Un autre facteur qui a contribué à cette situation est l’augmentation des importations de véhicules, en particulier ceux de moins de trois ans, qui ont créé une pression sur la demande en euros. Depuis juillet 2025, de nombreux importateurs ont cherché à se procurer des véhicules en provenance de Chine, avant la mise en place de restrictions qui limiteront leur vente. Cette frénésie d’achats a entraîné un besoin accru de devises étrangères, notamment de l'euro, alimentant ainsi la spéculation. Toutefois, la récente décision du gouvernement d’interdire la vente de ces voitures dans les salles d’exposition et de limiter leur importation aux usages personnels devrait, selon les experts, permettre de calmer cette pression et de réduire la demande de la devise européenne.
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Les experts sont unanimes : cette hausse spectaculaire des prix de l’euro est une "bulle spéculative" qui ne durera pas. Selon Habbache, comme en 2008 lors de la crise des subprimes, une telle dynamique est appelée à se dégonfler dès que les spéculateurs se retireront et que la panique sur le marché s'estompera. Il prédit ainsi une stabilisation des prix de l’euro d’ici la fin du mois, une fois que les comportements spéculatifs se seront apaisés et que l’effet de la frénésie d’achat se sera dissipé.
Une solution à long terme : la régulation
Les économistes s’accordent également sur l’importance de la régulation du marché des devises. Mohamed Mir, membre de la Commission des finances du Parlement, appelle à l’intégration du marché parallèle de la devise dans le circuit officiel. Selon lui, l’ouverture de bureaux de change réglementés et la mise en place d’un cadre légal strict pourraient réduire les manipulations sur le marché de la monnaie et garantir une plus grande stabilité des prix.
En fait, ce qu'il faut savoir, c'est que la récente flambée de l’euro est avant tout le résultat d'une spéculation agressive, et non d'une crise économique profonde. Toutefois, les mesures prises par le gouvernement et l’évolution des pratiques sur le marché devraient permettre de calmer la situation et de rétablir un équilibre dans les prochaines semaines.
Le trafic de la fausse monnaie lié à la hausse de l'euro ?
Par ailleurs, cette hausse de l'euro au marché noir pourrait également être liée à la multiplication des réseaux de trafiquants de faux billets, qui ont un impact direct sur la valeur du dinar algérien. Ces réseaux, qui circulent discrètement dans certaines régions du pays, inondent le marché de billets contrefaits, ce qui engendre une dévaluation du dinar. En augmentant artificiellement l'offre de billets en circulation, ces pratiques criminelles affaiblissent la confiance dans la monnaie nationale, incitant ainsi la population à chercher refuge dans des devises plus sûres, comme l'euro. Ce phénomène accentue la demande pour la monnaie européenne, amplifiant la pression sur le marché parallèle.
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Malgré les efforts des autorités pour démanteler ces réseaux, plusieurs d’entre eux restent difficiles à éradiquer. De nombreux trafiquants opèrent de manière furtive, rendant leur identification complexe. Si certains réseaux ont été neutralisés ces dernières années, il est difficile de savoir combien d’autres continuent à fonctionner dans l'ombre, contribuant ainsi à l'instabilité du dinar. Cette situation crée un cercle vicieux où la méfiance envers la monnaie locale se renforce, entraînant encore plus de personnes à chercher à se protéger contre l’inflation en se tournant vers l’euro. L'incapacité à stopper complètement ces pratiques pourrait donc être un des facteurs prolongés de cette inflation artificielle des prix de l'euro.
