Comment unifier le double marché des changes en Algérie ?

L’Algérie fait face à une situation complexe avec son marché des changes, divisé entre un marché officiel et un marché parallèle. Cette dualité génère des distorsions économiques, pénalisant la compétitivité et freinant la diversification de l’économie.

L’économiste et expert international Abdelrahmi Bessaha a préconisé dans un entretien accordé à El Watan, une réforme visant à unifier ces deux marchés à travers la création d’une plateforme centralisée, moderne et transparente. Cette proposition permettrait d’ajuster le taux de change en fonction de l’offre et de la demande, tout en renforçant la stabilité économique du pays.

Le marché des changes en Algérie est divisé en deux segments distincts : le marché officiel et le marché parallèle. Ces deux marchés coexistent avec des taux de change très différents, créant des déséquilibres importants dans l'économie.

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Le marché officiel et le marché parallèle

Le marché officiel des changes est contrôlé par la Banque d’Algérie, qui fixe le taux de change du dinar et distribue les devises via les banques commerciales. Ce système de taux administré présente plusieurs limitations : il ne reflète pas pleinement l’offre et la demande réelles de devises, ce qui génère un désalignement avec les conditions du marché international. En conséquence, ce système limite l’accès aux devises et crée des tensions sur les réserves de change du pays.

Le marché parallèle, quant à lui, fonctionne en dehors du contrôle de la Banque d’Algérie. Il est alimenté par la demande de devises qui ne peut être satisfaite par le marché officiel. Les taux de change sur ce marché sont nettement plus élevés que ceux fixés par l’État. Selon des estimations, l’écart entre les taux officiel et parallèle peut atteindre des valeurs très élevées, souvent supérieures à 80 %. Cette situation nourrit la spéculation, la contrebande et le transfert de capitaux hors du pays.

Les conséquences de la dualité du marché des changes

La coexistence de ces deux marchés génère plusieurs distorsions économiques qui impactent gravement l'économie algérienne. La gestion administrative du taux de change entraîne une surévaluation du dinar. Bien que cette situation puisse offrir des avantages temporaires en réduisant le coût des importations, elle nuit à la compétitivité des exportations. Un dinar surévalué rend les produits algériens plus chers sur les marchés internationaux, réduisant ainsi la demande pour ces produits.

La dualité des marchés favorise l’expansion du marché parallèle. Face aux restrictions d’accès aux devises sur le marché officiel, de nombreux acteurs économiques se tournent vers ce marché informel. Cette situation alimente la spéculation et augmente l’écart entre les deux marchés, réduisant ainsi la crédibilité du système monétaire algérien.

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Une monnaie surévaluée pénalise les secteurs économiques qui dépendent des exportations. Selon Abdelrahmi Bessaha, cette situation diminue la compétitivité de l'économie algérienne, freinant ainsi la diversification nécessaire pour sortir de la dépendance aux hydrocarbures.

En fin, le maintien du taux de change administré exerce une pression continue sur les réserves de change de l’Algérie. En effet, pour soutenir un taux de change artificiellement élevé, la Banque d'Algérie doit intervenir régulièrement pour fournir des devises, ce qui met en péril la stabilité des réserves et affecte la gestion de la politique monétaire.

La proposition d’unification du marché des changes

Dans sa contribution, Abdelrahmi Bessaha suggère de remplacer le système actuel par une plateforme centralisée de détermination du taux de change, afin de mettre fin aux distorsions causées par la dualité des marchés. Cette plateforme serait basée sur un mécanisme transparent et flexible de fixation du taux de change.

L'idée d'une plateforme centralisée moderne repose sur un système d'enchères ouvertes. Selon cette proposition, les acteurs économiques, qu'ils soient importateurs ou particuliers, pourraient participer à des enchères compétitives pour acquérir des devises. Le taux de change serait déterminé par l'offre et la demande réelles, reflétant ainsi les conditions du marché. Ce système permettrait d'ajuster progressivement le taux de change, en réduisant l'écart avec le marché parallèle.

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Le mécanisme d'enchères compétitives permettrait une allocation plus efficace des devises, tout en réduisant la spéculation sur le marché parallèle. Chaque acteur pourrait indiquer le montant et le prix maximum qu'il est prêt à payer pour les devises. Ce système offrirait plus de transparence et contribuerait à une meilleure gestion des devises.

Limiter les distorsions existantes

L’unification du marché des changes, via cette plateforme centralisée, permettrait de limiter les distorsions existantes. La transparence accrue réduirait les incitations à recourir au marché parallèle, contribuant ainsi à stabiliser le système monétaire du pays et à améliorer la compétitivité des exportations.

Cette réforme du marché des changes ne peut être dissociée d’une stratégie économique plus large, comme le souligne Abdelrahmi Bessaha. Pour réussir, l’unification du marché des changes doit être accompagnée de réformes macroéconomiques, notamment dans la gestion des finances publiques, la diversification de l’économie, et l'amélioration de la compétitivité des entreprises nationales.


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