Titre de séjour : la hausse du niveau de français exigé fait polémique

À partir du 1er janvier 2026, le niveau de français exigé pour obtenir une carte de séjour pluriannuelle sera relevé. Des associations d'aide aux personnes étrangères, comme Portes ouvertes 65 dans les Hautes-Pyrénées, dénoncent une mesure qu'elles jugent excluante et déconnectée des réalités d'apprentissage.

Le mercredi 3 décembre 2025, l’association Portes ouvertes 65 a organisé un atelier public à Tarbes. L’objectif était de proposer à une quinzaine de participants de se tester en français, à l’écrit et à l’oral, sur des exercices similaires à ceux requis pour les demandes de titre de séjour.

Par cette action, l’association souhaitait rendre tangible la difficulté induite par le nouveau critère linguistique. Elle entend dénoncer le relèvement du niveau exigé, qui passera de A1 à A2 pour obtenir une carte de séjour pluriannuelle de deux ans à compter du 1er janvier 2026. Concrètement, il ne s’agira plus seulement de maîtriser les bases de communication, mais de comprendre et de traiter des situations ou des textes plus élaborés.

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Des participants confrontés aux réalités de l'écrit

Lors de l’atelier, les participants se sont penchés sur des exercices concrets. Yullia, une Ukrainienne arrivée en France en 2022, devait ainsi lire et comprendre un message écrit : « Coucou, pas de problème pour aller chercher ton oncle à l’aéroport samedi, comment je le reconnaîtrai ? ». Si elle parvient à converser à l’oral, l’écrit reste un obstacle majeur. « Je ne sais pas comment écrire “cheveux” parce qu’il y a un “e” puis un “e, u, x”, pour moi c’est difficile », explique-t-elle à France Bleu.

Pour Séda, 22 ans, arrivée de Tchétchénie en 2013, la difficulté persiste malgré une scolarité suivie en France. « Même si j’étais à l’école ici, c’est difficile parce qu’on parle d’une façon, et à l’écrit c’est pas du tout pareil. Il y a des mots, pour moi, difficiles à écrire ou à comprendre », témoigne-t-elle. Patrice, un Tarbais ayant lui-même tenté l’exercice, a dû se concentrer. « Je trouve qu’il y a des termes un peu techniques comme “secrétaires généraux”, ça ne doit pas être facile à comprendre quand on est étranger », reconnaît-il.

La critique portée par les associations d'accompagnement

Jean-Luc Planet, président de La Cimade des Hautes-Pyrénées, présente lors de l’atelier, a exprimé une opposition ferme. « Ce sont des mesures qui ne créent que du malheur, c’est ça qui est affolant », a-t-il déclaré. Il met en avant l’écart entre le temps nécessaire à l’apprentissage et l’exigence administrative accrue.

« Nos enfants qui vont à l’école, pour arriver à maîtriser le français à l’écrit, il leur faut dix ans à peu près, parce qu’on estime que le niveau est atteint avec le brevet des collèges. Et là, on demande à ces gens d’y être très rapidement », a précisé Jean-Luc Planet. Selon lui, la conséquence est claire : « autrement dit, le but, c’est de maintenir les gens dans une espèce d’attentisme, toujours sur un strapontin ».

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Une estimation chiffrée des risques de déclassement

Les associations opposées à cette réforme ont avancé un chiffre pour quantifier l’impact qu’elles redoutent. Selon leurs projections, les nouvelles exigences linguistiques pourraient compromettre le renouvellement des titres de séjour pour un nombre significatif de personnes.

Elles estiment qu’environ 20 000 personnes actuellement en situation régulière en France pourraient, d’ici à 2028, basculer dans la clandestinité. Ce risque serait directement lié à l’impossibilité pour elles d’atteindre le niveau A2 à l’écrit dans les délais impartis, et ce malgré une intégration sociale et professionnelle souvent effective.


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