Dinar algérien : comment le double marché de change menace l'économie

Depuis 2023, l'Algérie a instauré une réforme monétaire visant à établir un seul taux de change pour le dinar algérien, en réponse à la coexistence de deux marchés des changes : un officiel et un parallèle. Cependant, malgré cette volonté législative, la réalité du marché des changes en Algérie reste marquée par l'existence d'un taux parallèle dominant, ce qui pose plusieurs risques économiques pour le pays.

La loi monétaire et bancaire de 2023 impose un marché des changes unifié, avec un taux de change fixé par un marché interbancaire supervisé. Selon cette législation, l’offre et la demande devraient déterminer un taux unique de référence, et le pays devrait fonctionner avec un seul taux de change pour le dinar algérien. Cependant, en 2025, la situation reste marquée par une différence de taux de change importante.

Le taux officiel du dinar algérien est fixé à environ 151 dinars pour un euro, tandis que sur le marché parallèle, également appelé "le square", l’euro se négocie autour de 280-282 dinars. Cette différence crée un déséquilibre qui ne correspond pas aux objectifs de la réforme législative. Le taux parallèle continue de jouer un rôle dominant, influençant directement les prix et les anticipations économiques, ce qui soulève des préoccupations parmi les économistes.

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Abderahmi Bessaha, expert international en macro-économie, a souligné dans un entretien à Maghreb Emergent, que cette situation ne constituait pas seulement une aberration économique, mais aussi une violation des principes inscrits dans la loi monétaire et bancaire de 2023. Le maintien de ce double marché des changes contredit directement les objectifs législatifs du pays.

Les conséquences économiques du double marché

Le maintien de cette dualité de taux de change a plusieurs implications importantes pour l'économie algérienne. Selon Abderahmi Bessaha, plusieurs risques systémiques découlent de la persistance du marché parallèle.

La première conséquence est la perte de l’ancrage nominal. Le taux de change parallèle influence directement les prix des biens importés et importables. Cette situation empêche la politique monétaire officielle de stabiliser les anticipations économiques. Les agents économiques, au lieu de se référer au taux officiel, se basent sur le taux du marché parallèle pour leurs décisions économiques.

Une autre conséquence est l'opacité de la balance des paiements. La coexistence des marchés officiel et parallèle fragmente les flux de devises, rendant difficile le suivi des transactions et affectant la transparence des données économiques. Cela complique la gestion de la politique économique et nuit à la visibilité sur la position extérieure du pays.

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Le double marché des changes crée également des distorsions dans l’allocation des ressources. L'accès administré à la devise sur le marché officiel devient une source de rente, incitant les acteurs économiques à privilégier l’arbitrage entre les deux marchés plutôt que d’investir dans des projets productifs. Cela nuit à la diversification et à la modernisation de l'économie.

Enfin, la fragilisation des bilans bancaires constitue une autre dimension problématique. En raison de la défiance croissante envers le dinar algérien, l'épargne informelle en devises (principalement en dollars) a considérablement augmenté. Selon Bessaha, près de 40 % de l'épargne informelle est désormais libellée en devises étrangères, ce qui affaiblit la base de dépôt en dinars et expose les banques à des risques accrus.

La nécessité d'une unification du marché des changes

La loi monétaire et bancaire de 2023 stipule clairement la nécessité d’un taux de change unique, mais la persistance du marché parallèle montre que cette législation n’a pas encore été pleinement mise en œuvre. Abderahmi Bessaha a mis en garde contre les risques liés à cette incohérence, soulignant que tant que le pays tolère la coexistence de ces deux marchés, la stabilité financière et la crédibilité du système monétaire algérien seront fragilisées.

L’expert a insisté sur le fait que l’unification du marché des changes n’est pas une option, mais une exigence légale. Si cette réforme n'est pas mise en œuvre de manière effective, la loi monétaire sera réduite à une simple déclaration d'intention sans impact sur la réalité économique. La mise en place d’un taux de change unifié est donc essentielle pour restaurer la stabilité financière, renforcer la confiance dans le dinar algérien et améliorer la transparence de l'économie.

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