Air Algérie : scènes de détresse à l'aéroport de Nice après l'annulation d'un vol vers Constantine

Un incident technique survenu le jeudi 7 mai 2026 a entraîné l'annulation du vol Air Algérie AH 1199 reliant Nice à Constantine. Cette annulation a plongé 130 passagers dans une attente prolongée au terminal 2 de l'aéroport Nice Côte d'Azur. Parmi eux, deux familles endeuillées accompagnaient les dépouilles de leurs proches pour des obsèques prévues le lendemain en Algérie.

L'enregistrement des passagers a débuté à 15 heures, avant d'être brutalement interrompu. La compagnie Air Algérie a informé son prestataire de service sur place, Aviapartner, qu'un problème technique affectait l'appareil qui devait assurer la liaison. Dans un premier temps, un vol en provenance d'Alger a été annoncé en remplacement, suscitant un espoir rapidement déçu. Vers 23 heures, l'affichage de l'aéroport de Nice indiquait encore « Constantine. Retardé », mais le vol ne partirait finalement jamais ce jeudi.

La situation s'est cristallisée autour des deux familles qui représentaient près de la moitié des passagers. Samia, une Niçoise de 59 ans dont le père Amar était décédé l'avant-veille à l'âge de 89 ans, devait se rendre aux obsèques prévues à 13 heures à Aïn M'lila, à quarante kilomètres de Constantine. Sofia Boussekine accompagnait elle aussi son père, Allaoua, décédé à 86 ans. Les cérémonies programmées le vendredi 8 mai rendaient inacceptable la proposition de reporter le vol à 18 h 20.

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Le calvaire des familles endeuillées

Le témoignage de Hamel Fedjkhi illustre la détresse ressentie lors de cette soirée. « On a vu le cercueil de mon papa rentrer, sortir, rerentrer, ressortir… Rien que l'image, c'est atroce. Notre blessure est déjà énorme. Voir ça, c'est ignoble, horrible, incompréhensible », a-t-elle confié, selon des propos rapportés par Nice-Matin. Les deux cercueils hermétiques ont quitté la soute de l'avion immobilisé sur le tarmac niçois pour regagner la zone de fret, conformément à la procédure appliquée lorsqu'un vol est annulé et reprogrammé.

Les passagers ont reçu un bon de 12 euros pour se restaurer ainsi que quelques bouteilles d'eau. Samia s'inquiétait pour sa mère, âgée de 84 ans, contrainte de patienter assise sur sa valise. « Il y a là des diabétiques, des enfants en bas âge, des gens assis par terre », décrivait-elle. Ramzy Marouani, Franco-Algérien de 49 ans présent sur place, résumait l'atmosphère : « Il y a eu un peu de tension qui monte. Je le comprends. Il y a deux morts à aller enterrer ! Depuis quinze heures, on vit un enfer. »

L'intervention des forces de l'ordre

Face au refus des familles d'évacuer la zone d'embarquement, les CRS sont venus renforcer la police aux frontières sur les coups de minuit. Cette présence policière a provoqué l'indignation de Sofia Boussekine : « On n'est pas des terroristes, pas de la racaille ! On a des enfants. C'est dégueulasse ! » L'usage de la force n'a pas été nécessaire. Un nouveau rebondissement est intervenu vers 0 h 30 avec l'annonce d'un vol fixé à 14 h 40 le vendredi 8 mai.

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Les passagers ont alors accepté de quitter les lieux et de récupérer leurs bagages au comptoir d'Aviapartner. L'acheminement vers des hôtels s'est révélé laborieux, certains voyageurs passant le reste de la nuit dans le hall d'un établissement, faute de chambre disponible. Sensabila Chebai, 55 ans, l'une des filles d'Allaoua, déclarait : « Ils nous ont baladés. On avait déjà la douleur. Et là on n'arrive pas à l'accompagner jusqu'à son pays natal… Alors on a vraiment la haine. »

Les réponses de l'aéroport de Nice

Le service communication de l'aéroport Nice Côte d'Azur a précisé les modalités de gestion de l'incident : « La compagnie a informé les passagers que le vol était annulé. Ils ont proposé des vouchers pour qu'ils puissent être relogés. La grande majorité a accepté. Certains ont dans un premier temps refusé. Il y a eu des négociations pour qu'ils quittent la salle d'embarquement. » La procédure standard en cas d'annulation d'un vol reprogrammé le lendemain impose que les passagers sortent, récupèrent leurs bagages et se réenregistrent.

La plateforme aéroportuaire s'est dite « vraiment désolée pour les familles » tout en reconnaissant la charge émotionnelle particulière de cette situation. De son côté, Hamel Fedjkhi pointait la responsabilité d'Air Algérie : « C'est une situation catastrophique. Air Algérie l'a très mal gérée. Il y avait la possibilité de faire venir un autre vol. À l'heure où on se parle, on aurait largement pu se réunir en famille en Algérie. Alors que là, mon père va être enterré aussitôt après l'atterrissage. C'est une honte ! »


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