Depuis plusieurs mois, les signaux se multiplient entre l'Algérie et plusieurs pays européens. Derrière les visites officielles, les contrats énergétiques et les accords sectoriels, une nouvelle orientation économique semble se dessiner : Alger ne veut plus dépendre uniquement du cadre global imposé par l’Union européenne et privilégie désormais des partenariats directs avec certains États jugés plus réceptifs à ses intérêts.
Cette évolution intervient alors que les autorités algériennes réclament depuis des années une révision de l’accord d’association signé avec l’Union européenne en 2002 et entré en vigueur en 2005. À Alger, de nombreuses voix estiment que cet accord a davantage profité aux exportateurs européens qu’à l’économie algérienne. L’idée n’est plus seulement de commercer avec l’Europe, mais de sélectionner des partenaires capables d’offrir des coopérations ciblées dans l’énergie, l’industrie, les transports ou encore l’investissement.
Algérie : un changement de ton avec l'UE
Le discours des responsables algériens a progressivement évolué ces dernières années. Longtemps présentée comme un cadre structurant des relations économiques entre Alger et Bruxelles, la coopération avec l’Union européenne est aujourd’hui perçue de manière plus critique. Les autorités reprochent notamment à l’accord d’association d’avoir favorisé une ouverture importante du marché local aux produits européens, sans permettre en retour une véritable diversification des exportations algériennes hors hydrocarbures.
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Selon plusieurs économistes cités dans Al Araby, l’Algérie considère désormais que les négociations avec l’ensemble du bloc européen deviennent plus complexes à mesure que les intérêts divergent entre les 27 États membres. Cette approche pousse Alger à privilégier des relations bilatérales jugées plus souples et plus pragmatiques.
Le changement est visible dans plusieurs secteurs stratégiques. L’énergie reste évidemment au centre des discussions, surtout depuis la crise énergétique européenne déclenchée après la guerre en Ukraine. Grâce à ses réserves de gaz naturel et à ses infrastructures vers l’Europe, l’Algérie a retrouvé une position centrale dans les équilibres énergétiques méditerranéens.
Les nouveaux partenaires privilégiés d'Alger
Ces derniers mois, l’Italie s’est imposée comme l’un des partenaires européens les plus proches d’Alger. Rome cherche à réduire sa dépendance au gaz russe et considère son voisin du sud comme un fournisseur fiable et géographiquement stratégique. Le groupe énergétique italien ENI a multiplié les investissements en Algérie, tandis que les échanges commerciaux entre les deux pays ont fortement progressé. L’Italie est devenue l’un des premiers clients du gaz algérien, devant plusieurs autres pays européens.
L’Espagne, malgré une période de tensions diplomatiques liée au dossier du Sahara occidental, reste également un partenaire énergétique majeur. Les échanges gaziers entre les deux pays demeurent importants, même si Alger a montré qu’elle était prête à utiliser le levier énergétique dans ses rapports diplomatiques.
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L’Allemagne tente aussi de renforcer sa coopération avec l’Algérie, notamment autour de l’hydrogène vert, des énergies renouvelables et de l’industrie. Berlin voit dans le marché algérien un potentiel important pour ses entreprises industrielles.
À l’inverse, les relations avec la France ont connu plusieurs épisodes de crispation politique et diplomatique ces dernières années. Même si les échanges économiques restent importants, cette dégradation politique a freiné certains projets de coopération et poussé Alger à diversifier davantage ses alliances européennes.
Pourquoi Alger veut renégocier les règles commerciales
La question commerciale reste au cœur des préoccupations algériennes. Plusieurs responsables économiques estiment que l’accord d’association avec l’Union européenne a provoqué un déséquilibre commercial important. Les exportations européennes vers l’Algérie ont fortement augmenté depuis l’entrée en vigueur de l’accord, tandis que les exportations algériennes hors hydrocarbures peinent toujours à s’imposer sur les marchés européens. Cette situation est régulièrement dénoncée par les industriels algériens, qui considèrent que certaines filières locales ont été fragilisées par la concurrence étrangère.
Alger cherche désormais à protéger davantage sa production nationale tout en attirant des investissements capables de créer de la valeur localement. Le gouvernement mise sur plusieurs outils : restrictions sur certaines importations, encouragement de la production locale, réforme bancaire et simplification des procédures d’investissement.
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Le lancement du système du “guichet unique” destiné aux investisseurs s’inscrit dans cette logique. Les autorités veulent accélérer les projets industriels et réduire les lourdeurs administratives souvent critiquées par les entreprises étrangères.
