Projet SoutH2 : pourquoi l’hydrogène algérien dérange en France

L’Algérie veut devenir un acteur majeur de l’hydrogène vert vers l’Europe grâce au projet SoutH2. Mais ce corridor énergétique, soutenu notamment par l’Italie et l’Allemagne, suscite déjà des crispations dans certains milieux français, sur fond de rivalités économiques et géopolitiques en Méditerranée.

Le débat dépasse désormais le simple cadre énergétique. Derrière les discussions autour des pipelines et de la transition verte, c’est aussi l’influence future sur le marché européen de l’énergie qui se joue.

Une bataille énergétique autour du Projet SouthH2

Pendant des décennies, les relations énergétiques entre l’Algérie et l’Europe ont reposé essentiellement sur le gaz naturel. Avec la transition énergétique engagée par l’Union européenne, un nouveau marché attire désormais toutes les attentions : celui de l’hydrogène vert.

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Au cœur de cette recomposition figure le Projet SoutH2, un vaste corridor énergétique destiné à transporter de l’hydrogène produit en Afrique du Nord vers l’Europe. L’Algérie y occupe une place centrale grâce à sa proximité géographique avec le continent européen, ses infrastructures gazières déjà existantes et son immense potentiel solaire.

Le projet prévoit notamment un axe reliant l’Algérie à l’Italie, puis à l’Autriche et à l’Allemagne. Plusieurs groupes énergétiques européens suivent de près cette initiative, considérée comme l’un des futurs piliers énergétiques du continent.

Pour Alger, l’enjeu est considérable. L’hydrogène pourrait progressivement compléter, voire remplacer une partie des revenus liés au gaz naturel à long terme. Les autorités algériennes cherchent ainsi à conserver leur statut de fournisseur énergétique incontournable pour l’Europe.

Pourquoi le Projet SoutH2 suscite des tensions en France

Selon le journal arabophone El Khabar, certains cercles français verraient d’un mauvais œil la montée en puissance de ce corridor énergétique reliant directement l’Algérie à l’Europe centrale via l’Italie. La question est aussi économique. Le projet SoutH2 risque de renforcer le rôle de Rome et de Berlin dans la future architecture énergétique européenne, au détriment d’autres acteurs historiques.

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Depuis plusieurs années, l’Italie multiplie les rapprochements énergétiques avec Alger. Le groupe italien ENI a fortement consolidé sa présence en Algérie depuis le début de la crise énergétique européenne provoquée par la guerre en Ukraine. L’Allemagne, de son côté, cherche également à sécuriser ses futurs approvisionnements en hydrogène décarboné.

Dans ce contexte, Paris redoute une marginalisation progressive dans les grands projets énergétiques méditerranéens. La France dispose certes d’une stratégie hydrogène ambitieuse, mais elle pourrait voir émerger un axe énergétique Italie - Algérie - Allemagne particulièrement influent.

Le sujet est d’autant plus sensible que l’hydrogène est appelé à devenir un secteur stratégique dans les prochaines décennies. Bruxelles prévoit des investissements massifs afin de réduire la dépendance européenne aux énergies fossiles russes et accélérer la décarbonation de l’industrie.

L’Algérie veut devenir un fournisseur majeur d’hydrogène vert

L’Algérie dispose de plusieurs avantages majeurs dans cette course mondiale à l’hydrogène vert. Le premier reste son potentiel solaire. Avec des milliers d’heures d’ensoleillement par an dans le Sahara, le pays possède des conditions idéales pour produire de l’électricité renouvelable à grande échelle. Cette électricité peut ensuite servir à produire de l’hydrogène via l’électrolyse de l’eau.

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Autre avantage : les infrastructures déjà existantes. Les gazoducs reliant l’Algérie à l’Europe pourraient être partiellement adaptés au transport de l’hydrogène, ce qui réduirait considérablement les coûts d’investissement.

Le projet SoutH2 prévoit justement de s’appuyer sur certaines infrastructures énergétiques existantes afin d’accélérer le déploiement du corridor. Ces dernières années, Sonatrach a multiplié les discussions avec plusieurs partenaires européens autour de l’hydrogène vert. L’Italie apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux soutiens européens de cette stratégie.

Pour l’Europe, l’intérêt est évident : diversifier ses sources énergétiques tout en réduisant ses émissions de CO₂. Pour l’Algérie, l’objectif est également industriel et économique. Le pays cherche à préparer l’après-pétrole et à attirer de nouveaux investissements étrangers.


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