Le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a annoncé une hausse des frais d'inscription pour les étudiants étrangers dans les universités françaises. Cette décision place des milliers d'étudiants algériens dans une situation qu'ils décrivent comme une impossibilité matérielle de poursuivre leur cursus.
La hausse annoncée des frais d'inscription suscite une vive inquiétude chez les étudiants algériens en France. Une étudiante en L1 à Aix-Marseille Université, arrivée en septembre 2025 à l'âge de 18 ans, fait partie de ceux qui ont confié leur situation à L'Union Étudiante. Elle explique avoir choisi la France parce que les frais étaient accessibles et que des aides existaient. Elle précise travailler environ 18 heures par semaine, un rythme qui ne suffit déjà pas à couvrir son loyer et son alimentation. Elle doit parfois solliciter une aide extérieure pour équilibrer son budget.
Si les frais augmentent et que les exonérations sont supprimées, cette étudiante déclare ne pas pouvoir continuer ses études. Elle risque également de ne pas pouvoir renouveler son titre de séjour, ce qui l'obligerait à retourner en Algérie. Elle souligne qu'un retour dans ces conditions serait très compliqué, car elle ne pourrait pas reprendre directement ses études dans son pays. Elle évoque une année perdue, du temps et de l'argent investis, avec un impact lourd sur son avenir.
Des étudiants déjà contraints de travailler pour survivre
Un autre témoignage, celui d'un étudiant en première année de sciences politiques à l'université Paris VIII Vincennes Saint-Denis, indique qu'il gagne environ 500 euros par mois. Avec ce revenu, il renonce chaque mois à des besoins essentiels comme un logement correct, une alimentation suffisante ou encore les transports. Il exerce une activité professionnelle à côté de ses études dans des conditions déjà précaires. Payer les nouveaux frais d'inscription représente pour lui une impossibilité matérielle, et il affirme que cette mesure l'empêcherait de poursuivre ses études en France.
Ces récits font écho à celui d'un autre étudiant algérien qui déclare : « Je vais tout simplement devoir arrêter mes études alors que je suis major de promotion. » Il se dit dans l'incapacité totale de payer la somme demandée, même en travaillant. Il rappelle que les étudiants algériens ne peuvent travailler que 17 heures par semaine et doivent obtenir une autorisation provisoire de travail, une démarche qui prend plusieurs mois, alors que d'autres nationalités n'y sont pas soumises.
La barre des 3 000 euros, un chiffre impossible pour les familles algériennes
La hausse porte les frais d'inscription à près de 3 000 euros en licence. Dans un témoignage, une étudiante actuellement en Algérie, sur le point de finaliser sa procédure pour venir étudier en France, explique que cette somme représente plus de 30 fois le SMIC algérien. Elle avait choisi uniquement des universités proposant une exonération des droits différenciés, non par choix, mais parce qu'elle n'a pas les moyens de payer une telle somme. Elle ajoute qu'au-delà des frais, il y a la réalité de l'arrivée en France, où elle risque de ne pas obtenir son titre de séjour avant plusieurs mois, période durant laquelle elle ne pourra pas travailler et devra vivre sans revenus.
📢 Après leur inscription à l'université, les étudiants extracommunautaires découvrent des frais cachés : jusqu'à 3879 € pour étudier à #Strasbourg ! Un racket institutionnel ! Une précarité intenable qui menace leur scolarité et leur séjour en France. Exonération immédiate ! ✊ pic.twitter.com/IhdMnyK8Oi
— Emmanuel Fernandes (@EmmanFernandes) February 26, 2025
Un autre étudiant, inscrit à l'université de Reims, raconte avoir vérifié que son établissement n'appliquait pas de frais élevés avant de s'y inscrire. Il a appris en mars que les frais augmenteraient d'un facteur 16 à la rentrée. Il travaille, n'a jamais bénéficié d'aide de l'assistante sociale et explique que sans les APL, qu'il risque de perdre en juillet, il ne sait pas comment il va subvenir à ses besoins avec près de 3 000 euros à payer.
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Un cumul de difficultés : titre de séjour, précarité, santé mentale
Plusieurs témoignages évoquent les délais d'obtention du titre de séjour comme un facteur aggravant. Une étudiante étrangère explique être déjà exclue des bourses et des logements du CROUS, ce qui lui impose un loyer de 450 euros dans le secteur privé. Malgré un emploi étudiant, elle parvient à peine à équilibrer son budget. La hausse des frais de scolarité, cumulée au coût du renouvellement du titre de séjour qui s'élève à 150 euros, rend selon elle la poursuite de ses études matériellement impossible.
L'Union Étudiante dénonce cette mesure et appelle à signer une pétition mise en ligne sur ses réseaux sociaux. Les témoignages recueillis mettent en lumière des étudiants qui se disent déjà en situation de stress permanent, affectés par l'éloignement familial et la précarité. La combinaison de la hausse des frais, des lenteurs administratives et des restrictions de travail dessine une situation que ces étudiants qualifient d'intenable pour la poursuite de leurs études en France.
