À peine quelques heures après avoir été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle, Abdelmadjid Tebboune a appelé au dialogue avec tous les Algériens sans exclusion. Pour les activistes du Hirak, cette offre sonne comme un traquenard, vu les conditions de l’élection du nouveau président.

En réponse à cet appel, les partis traditionnellement acquis au système ont montré leur disponibilité pour servir d’interlocuteur. Ils rappellent étrangement les précédentes offres notamment celle de Karim Younes rejetée par la rue et présentée comme une grande réussite par les relais du pouvoir et les associations satellites sans base sociale.

L’on se rappelle que l’instance du dialogue national qui a insisté sur la nécessité de prendre des mesures d’apaisement, pour avoir l’adhésion de la population, n’a enfin de compte rien obtenu. Elle a continué tout de même dans la même logique d’exclusion des véritables représentants de la société. Cette expérience a élargi le fossé déjà existant entre la société et les décideurs et installé le climat de méfiance.

Tebboune a-t-il les mains libres ?

Alors que tout le monde s’accorde à dire que le nouveau président est mal élu, il est sans aucune base militante ni assise sociale. Ce dernier appelle au dialogue tout en sachant que les exigences du Hirak n’ont pas pu être satisfaites en raison des décisions du chef d’état-major de l’Armée qui a refusé toute mesure d’apaisement.

Ainsi, le nouveau président contesté par la rue semble ne pas avoir les coudées franches pour aller à contresens de la ligne de conduite suivie jusqu’ici par l’état-major de l’institution militaire. Les observateurs s’accordent à dire que le choix de Tebboune par les tenants du pouvoir, est justement leur stratégie pour récupérer les prérogatives constitutionnelles d’un président de la République et fermer définitivement la parenthèse ouverte depuis la mise en application de l’article 102.

Les exigences du Hirak

Le Hirak, qui ne cesse de revendiquer un changement radical du régime et le départ de tous les symboles du système, exige aussi certaines mesures. Tous les vendredis, les manifestants demandent notamment la libération inconditionnelle des détenus d’opinion et politiques, la libération de la presse de toutes les contraintes ainsi que l’arrêt de la répression des manifestations pacifiques.

Ces revendications sont exprimées comme préalable à tout dialogue par certaines figures du mouvement de protestations. Ces exigences si elles venaient à être satisfaites permettront au Hirak de se renforcer et de mieux s’organiser pour reprendre un nouveau souffle.

Cela dit, la conjoncture actuelle post-présidentielle ne permet pas d’instaurer un climat favorable à un véritable débat même si comme à l’accoutumée, certaines personnalités s’aligneront avec le nouveau président.

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