Abdelmadjid Tebboune veut une loi contre le racisme, les discours incitant à la haine et le régionalisme en Algérie. La première personne qui vient à l'esprit collectif algérien est la députée néo-islamiste Naïma Salhi. Elle s'est distinguée parc un discours raciste, xénophobe et anti-kabyle primaire. Mais contrairement à ce qu'on peut penser de cette annonce populiste du chef de l'Etat, cette nouvelle loi serait une véritable amnistie offerte par le pouvoir à tous les racistes qu'il a actionnés pour réussir son passage en force, y compris Naïma Salhi. Explications d'un juriste :

Selon un juriste algérien installé en France et qui a requis l’anonymat : « Des lois réprimant le racisme et les discours incitant à la haine ethnique, y en a en Algérie. C'est leur application par la justice qui pose problème. Cette justice dépendante du pouvoir politique n'applique aucune loi sans un signe clair de l'exécutif. Notamment quand il s'agit de retombées politiques ou de personnes proches du pouvoir » nous explique-t-il avant de développer : « La justice algérienne devient même zélée en adaptant des lois à des situations souhaitées par le pouvoir. Il faut juste regarder les cas des détenus du drapeau amazigh pour comprendre cette abomination déclenchée par un discours de Ahmed Gaïd Salah ».

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En effet, ledit juriste renvoie Observ'Algérie à l'article 298 Bis du code pénal algérien qui stipule : « Toute injure commise envers une ou plusieurs personnes qui appartiennent à un groupe ethnique ou philosophique, ou à une religion déterminée est punie d’un emprisonnement de cinq (5) jours à six (6) mois et d’une amende de cinq mille (5.000) DA à cinquante mille (50.000) DA ou de l’une de ces deux peines seulement ». Cet article serait déjà, selon notre interlocuteur, suffisant pour condamner plusieurs personnalités algériennes.

Comment la nouvelle loi de Tebboune va amnistier Naïma Salhi et ses semblables ?

« Comme je vous ai expliqué. Le code pénal algérien s'applique à tous les citoyens qui versent dans le discours incitant à la haine. Il aurait suffi que le pouvoir politique donne un signe à la justice algérienne pour l'actionner. Mais le pouvoir algérien ne veut pas jeter en pâture ceux qu'il a utilisés pour réaliser sa feuille de route. Il veut mettre un terme à cette guéguerre raciste et revenir à une situation politique normale. La solution, c'est d'annoncer une nouvelle loi qui n'aura pas d'effet rétroactif » répond le spécialiste en droit à notre question.

Ainsi, Abdelmadjid Tebboune siffle la fin de la récréation. Les « Novembristes-Badissites » utilisés par le haut commandement de l'armée, à sa tête Ahmed Gaïd Salah, pour traiter les opposants de tous les noms, seront remerciés pour services rendues. Par conséquent, ils ne seront pas inquiétés par la justice.

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Les nouvelles lois n'ont pas d'effet rétroactif dans le droit pénal

C'est le détail le plus important dans cette affaire et que le grand public pourrait ignorer, selon ledit juriste : « Une loi qui sert d'accusation doit être antérieure à l'action mise en cause. Ce principe du droit pénal sera utilisé par le pouvoir algérien afin d’amnistier tous les racistes et xénophobes qui ont permis la création de l’ennemi intérieur en Algérie. Ce même ennemi imaginaire a offert au pouvoir une issue pour se régénérer » conclut notre source.

L'un des ministres de Abdelmadjid Tebboune est accusé de propos racistes sur les réseaux sociaux

Comme nous l'avons déjà rapporté dans nos précédentes éditions sur OBS Algérie, des propos racistes et « anti-Kabyles » d'un nouveau ministre du gouvernement de Abdelaziz Djerad suscitent la polémique sur les réseaux sociaux algériens. Il s'agit de Kamel Rezig qui s'est laissé aller en traitant les opposants à l'élection voulue par le défunt général de corps d'armée Ahmed Gaïd Salah, de « Zouaves » Un terme repêché des fins fonds de l'histoire pour stigmatiser la population de la région de Kabylie.